Suicide : plus de 140 cas en 2020, 25 cas depuis début janvier
Suicide : plus de 140 cas en 2020, 25 cas depuis début janvier
Santé

Suicide : plus de 140 cas en 2020, 25 cas depuis début janvier

08 Feb 2021

Maurice, Petit État Insulaire de 1,3 millions d’habitants a enregistré un fort taux de suicide en 2020, avec 119 cas de pendaison et 23 cas de prise des substances nocives (pesticides, détergents, poison…) Ces chiffres ont été rendus publics par le Commissaire de Police, Khemraj Servansingh en janvier. En ce début d’année 2021, le pays a recensé entre 12 et 13 cas de suicide par pendaison et quatre cas par absorption de substances nocives. Ces chiffres alarmants, qui donnent froid dans le dos, soulèvent des interrogations et suscitent de l’inquiétude des pouvoirs publics, des ONGs et des Mauriciens en général méritent qu’on s’y attarde.

« Un individu qui veut vraiment mourir porte souvent son choix sur la pendaison. Avec la pendaison, il n’y a pas de souffrance, cela contrairement aux produits chimiques », affirme le Dr Rajnath Aumeer, psychiatre et membre du Medical Council.

Pour ce qui est des moyens utilisés pour commettre le suicide, le psyschiatre affirme que dans certains pays, à l’étranger, à l’instar des Etats-Unis, on se tue à l’aide d’armes à feu, lesquels sont disponibles. Dans le contexte mauricien, il souligne la disponibilité des produits et autres substances nocives, notamment des pesticides, des détergents, des comprimés. « Le hic avec ces moyens utilisés pour se suicider est que la personne ne meurt pas tout de suite. C’est ce qui les pousse à opter pour la pendaison », soutient le Dr Aumeer.

ARMES A FEU

Toujours en ce qu’il s’agit des moyens utilisés pour se tuer, il attire l’attention qu’au niveau de la police, « très souvent les armes à feu sont utilisées pour se suicider. »

Effectivement au niveau mondial, la pendaison se place en tête du peloton. En 2016, comme les années précédentes, le mode de suicide le plus fréquent est la pendaison (58% des suicides), loin devant les armes à feu (13%), les prises de médicaments et autres substances (10 %) et les sauts d’un lieu élevé (8 %). Il est soutenu qu’avoir fait une tentative de suicide multiplie par 30 le risque suicidaire.

Selon les recherches en suicidologie, de 50 à 90% des personnes qui se sont suicidées souffraient d’un ou de problèmes de santé mentale (dépression non traitée, troubles bipolaires, anxiétés, addictions, schizophrénie, anorexie, stress…)

En ce qui concerne le suicide, de nombreuses études démontrent également l’importance des facteurs psychiatriques. Selon l’OMS, plus de 800 000 personnes se suicident chaque année, cela représente un mort toutes les 40 secondes. « Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-29 ans. On peut toutefois prévenir le suicide en adoptant des mesures efficaces comme en restreignant l’accès aux moyens de mettre fin à ses jours et en formant les personnels de santé », soutient l’OMS.

“HELPLESS, HOPELESS ET WORTHLESS CASES’

S’agissant de la situation à Maurice, plus d’un évoquent la nécessité d’une étude sociologique en vue de déterminer les facteurs déterminants et les vraies causes du suicide à Maurice. Mais au premier abord, nous ignorons ce qui se passe dans la tête d’un individu qui a des tendances suicidaires. Il y a les aspects psychologiques à prendre en considération.

« Il y a des helpless, des hopeless et des worthless cases qui ne sont qu’à une seule solution : la mort. Quelqu’un qui veut se suicider, il n’a qu’une seule idée en tête. Il est conscient du résultat, voire de la conséquence de son acte : la mort. Cela d’autant plus que pour lui, il n’y pas de solution à ses problèmes. Pour lui, la seule solution est la mort », affirme le Dr Rajnath Aumeer. Ainsi, il souligne que pour cette personne en détresse à un moment donné, elle n’a personne pour l’écouter.

Le psychiatre fait remarquer que dans certaines situations, il y des cas de “parasuicidal”. Dans ce cas, la personne n’a pas vraiment l’intention de mourir en commettant le suicide, « mais elle fait savoir qu’elle désire mourir. De ce fait, on se retrouve en face d’une situation panadol, qui dans certains cas est susceptible de devenir fatal », affirme le Dr Rajnath Aumeer.

Il fait référence ici à l’altruisme, où l’individu commet le suicide pour une cause. Il mentionne le cas d’extended suicide : « Ici, il peut s’agir de l’exemple d’une mère dépressive qui veut se suicider. Elle pense que son enfant est susceptible de vivre la misère. Donc, en croyant agir avec un grand cœur, elle se tue et l’enfant avec elle. J’ai en mémoire, ce cancérologue qui était inguérissable. En se suicidant, il avait amené son enfant avec lui. Comme quoi, il n’aurait pas voulu donner des soucis à quiconque. »

LE PARADOXICAL

Une autre catégorie de suicide, indique-t-il, est le “paradoxical”: en prodiguant des soins à un malade, plus on tarde avec lui, plus il reprend ses forces et part commettre le suicide.

« Il y a d’autres cas, où le patient est dépressif avec lequel, on doit se montrer prudent. Il donne l’impression d’être guéri et invite ses amis à une fête. Mais, il a un fort désir intérieur de se donner la mort. C’est ce qui s’est passé dans certains cas ici à Maurice », confie le Dr Aumeer.

Selon lui, les raisons de cette situation se trouvent au sein de la famille. « De nos jours, au sein de bon nombre de familles, on ne joue pas son rôle comme il faut. Il faut quotidiennement consacrer du temps à la prière. Il est impératif de prendre le repas ensemble. À table, on a le temps de percevoir si tout allait bien ou pas, tant chez l’adulte que chez l’enfant. Saki nou trouve sakenn dan so coin. Kan zoine tou lezour a table se enn monitoring sa », déclare-t-il.

Selon lui, si on laisse pourrir la situation, « les enfants n’auront aucun attachement émotionnel avec leurs parents. Par conséquent, ils tissent des liens avec leurs amis. Ils écoutent leurs amis et ils se laissent influencer par eux. » De ce fait, le Dr Rajnath Aumeer soutient que les torts tombent sur les parents.

« AGIR SUR LA REALITE ET NON PAR L’EMOTION

Dans ce contexte, il mentionne certains cas au sein des couples séparés. « Des enfants, notamment de jeunes adolescents sont utilisés comme boucliers. Ces enfants sont utilisés pour prendre sa revanche contre l’autre conjoint. Ainsi, ces derniers deviennent méchants », affirme le psychiatre.

Par conséquent, il conseille aux parents de préserver leurs valeurs. « Il faut bien se garder de ne pas critiquer le père ou la mère avec l’enfant. Si on en parle, il faudra mettre l’accent sur le positif », insiste-t-il.

Face à certains fléaux ( drogue, alcoolisme…) chez l’adolescent, le Dr Rajnath Aumeer maintient qu’il ne faudrait jamais se dire que ce n’est pas mon problème. « C’est le problème de tous. Il ne faut pas agir sur l’émotion avec son enfant…», dit-il.

S’agissant du stress qui est considéré comme l’une de principales causes de suicide, le Dr Aumeer est explicite : « Nous avons un jugement réel et émotionnel. Par exemple, si quelqu’un a Rs 5 000 en poche, il ne peut se mettre dans la tête qu’il devait en avoir Rs 10 000. Il faut dire que l’émotionnel ne l’emporte pas aussi longtemps que notre décision est réelle. Donc, il nous faut agir sur la réalité et non par l’émotion ».