Témoignage :  Pour obtenir son permis de conduire, il faut voyager dans le temps
Témoignage : Pour obtenir son permis de conduire, il faut voyager dans le temps
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Témoignage : Pour obtenir son permis de conduire, il faut voyager dans le temps

03 Feb 2021

L’expérience en vaut le coup. Le décor est un couloir noir de monde de la Traffic Branch de la Police, aux Casernes centrales à Port-Louis. Les bureaux coloniaux ont été réaménagés sans tenir compte de l’esthétisme ni se soucier des agressions qu’ils peuvent avoir sur notre vue. Ici, la dimension pratique a priorité sur tout, car il faut servir la demande croissante du public qui veut décrocher le précieux permis de conduire.

Les procédures pour obtenir cette série de rendez-vous constituent une immersion dans une autre époque. Le modèle a résisté au temps. Le précieux permis de conduire est le témoin le plus authentique de cet anachronisme. Il s’agit d’un carton bleu ou gris plié en trois, bardé de notes écrites au stylo et estampillé de toute part. Le tout couronnée de votre photo fixée à la colle.

Pour obtenir ce légendaire sésame, digne du musée des antiquités, le citoyen ordinaire doit accepter ce voyage dans le temps et vivre un parcours du combattant. Le service de délivrance du permis de conduire, dans nos vieilles casernes port-louisiennes, est appelé chaque jour à donner satisfaction à près d’un millier de personnes. Celles-ci reviennent étape après étape, épreuve après épreuve et dans certains cas, échec après échec. Elles reviennent piétiner dans les files d’attente et passer de guichet en guichet. Le service est débordé et bien rodé à la fois.

Ces procédures nous les avons suivies comme un citoyen ordinaire, ce mardi 2 février, par une chaleur torride. Février est le mois le plus chaud. On se croirait sur le quai d’une gare ferroviaire à une heure de pointe. Nous étions par mètre carré, au moins sept personnes entassées dans ce couloir. Heureux ceux qui ont pu trouver une place assise. Au diable, le port du masque et la distanciation physique. Après tout le pays est Covid-safe.

Il faut s’armer de patience et surtout disposer de beaucoup de temps. Compter au minimum, trois heures, pour en ressortir avec un premier rendez-vous, celui de votre test oral. Et autant pour chaque étape qui vous attend le long de ce surprenant parcours. La foule est de tous les âges avec en force les jeunes. Malgré leur énergie et leur enthousiasme, c’est pour eux un retour sur terre, aux réalités de leur pays dont certains services résistent au temps. C’est sûrement dépaysant. Sinon, un choc culturel.

Tout est aux antipodes de la modernité. La seule concession faite à notre vie contemporaine c’est le « ticketing system » et des écrans plats censés guider les clients, mais aujourd’hui ces écrans bien que tous allumés ne sont d’aucune utilité, car le système est en panne. Même la technologie fait de la résistance ici, tout comme certains ventilateurs.
Malgré la chaleur et les sueurs sous la tôle laminée de ce couloir ou chaque centimètre est occupé, la discipline est remarquable. Grâce à la bonne volonté des policiers et policières qui doivent quotidiennement s’armer de patience et régler avec tact et autorité cet embouteillage humain. Et qui dit humain, dit subtilité et habilité.

L’atmosphère, le décor et les senteurs sont d’une autre époque. Si certains ne portaient pas le masque, on aurait certainement eu du mal à dater ces images. Un choc visuel et culturel qui, cependant, ne manque pas de charme.