Affaire Sherry Singh : de la poudre aux yeux

Affaire Sherry Singh : de la poudre aux yeux

Nous avons tous une tête et dans cette tête, un cerveau. Au vu de ce qui se passe depuis quelques années dans le monde comme à Maurice, il semblerait que la tendance soit à la négligence et la sous-utilisation de ce cerveau. On adore parler de choses qu’on ne connaît pas. On est expert de choses qu’on ne comprend pas. On donne notre avis sur tout et sur rien. On laisse les autres réfléchir pour nous parce qu’on ne sait plus raisonner. Ceci pour illustrer la dernière opération en date de celui qui se veut un super héros mais qui ne serait qu’un spécialiste du lancer de la poudre aux yeux.

Sherry Singh veut donc faire de la politique. C’est son droit. Mais ce n’est pas en faisant des tours de passe-passe qu’il va y arriver. Hier, nous avons encore eu droit à du vent. De soi-disant preuves concernant les allégations qu’il a lancées contre le Premier ministre. Encore une fois, si nous utilisons notre cerveau comme il le faut, nous nous poserons bien de questions. Beaucoup de questions.

Quand est-ce que l’ancien CTO de Mauritius Telecom dit vrai : dans son rapport du 2 juillet ou dans celui du 12 juillet ? Girish Guddoy a démissionné le 19 juillet. Son ancien CEO en avait fait de même le 30 juin. Le « survey » mené à Baie Jacotet s’est tenu le 15 avril. Pourquoi deux rapports ? Pourquoi deux rapports juste après la démission de Sherry Singh ? Lequel est le bon ? Ou sont-ils tous les deux douteux ? Pourquoi doit-on croire Guddoy pour celui du 12 juillet et non pour celui du 2 juillet, comme le laisserait supposer certains ? Où se trouve la crédibilité de l’ex-CTO ?

On parle de « sniffing ». Comment se fait-il que lors de l’opération de com d’hier, on n’interroge pas Sherry Singh sur certains aspects particuliers de cet espionnage : comment ce présumé « sniffing » aurait été fait ? Quels équipements auraient été utilisés ? Comment aurait-on recueilli les données ? A-t-il des preuves tangibles, vérifiables, techniques sur la capture de ces données ? Pas du vent, du bla-bla entre « cousins », de « rapports » douteux, des illustrations ou un e-mail, mais de vraies preuves ?

On aurait pu encore lui demander si la manière dont ce « sniffing » aurait été mené est techniquement possible ? Où peut-on conserver ces tonnes de donnés soi-disant collectées ? Quel Data Centre aurait été utilisé à cet effet ? Sa capacité de stockage ? Si on sait que la capacité du câble SAFE est de 440 Go/sec, où aurait-on stocké ne serait-ce que deux minutes de données ? A-t-on idée de la capacité du serveur qu’il aurait fallu avoir pour cela ? Et, en passant, qui aurait pu surveiller, décrypter et analyser tous ces milliers de Go de données ? Aurait-on pu le faire en temps réel ?

Certains pointeraient l’Inde du doigt. Savons-nous que les Indiens ont leur propre câble SAFE au Cochin Cable Landing Station ? En supposant que la configuration soit la même, comment se fait-il que leurs première et deuxième tentatives aient échoué ? Ils auraient facilement pu le tester à Kochi avant de venir à Maurice !

Et Girish Guddoy dans l’affaire ? Il dit dans son « rapport » du 12 juillet, point 13, que le « survey » a été effectué et que l’équipe indienne aurait fait « … a two-minute data capture on each of those links ». Son supérieur, l’ex-CEO, l’envoie faire de la supervision lors de cette fameuse étude. Lui, Girish Guddoy, voit les techniciens étrangers faire des choses qui ne seraient pas dans leurs attributions et IL NE DIT RIEN sur le coup ? Il ne fait rien pour les arrêter ? Il n’informe pas sur le champ son CEO ? Il laisse le présumé acte d’espionnage se faire ? Serait-ce de l’incompétence ou est-ce parce qu’il n’y avait pas au fait d’espionnage ? Et il prend presque trois mois avant d’écrire son « rapport » ?

Nous assistons ces jours-ci à une opération ronflante qui oriente la population dans une direction précise, où on fait croire aux gens certaines choses. Cette manipulation de l’information n’a rien de noble, comme veut le faire croire le camp qui défend Sherry Singh. Ce n’est qu’un vulgaire tremplin pour permettre à une personne de faire de la politique. Nous assistons à des allégations lancées à droite et à gauche, sans aucune preuve.

On cherche à déstabiliser le gouvernement par tous les moyens en oubliant que nous sommes en démocratie. Nous ne sommes pas dans la cour du roi Pétaud, où on rend la justice selon ses caprices. Le judiciaire est un des plus solides piliers de notre démocratie et il est là pour garantir le respect de la Constitution. Ce n’est pas un pseudo super-héros ou des politiciens en perte de vitesse qui vont dicter quoi que ce soit. En nous jetant de la poudre aux yeux.

Sunil Gohin, CEO de Wazaa FM et d’Inside News

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