Opposition : le boulet Ramgoolam

Navin Ramgoolam, qui se présentait comme le principal challenger du leader du MSM, voit sa locomotive au bord du déraillement avant même d’avoir pu quitter la gare. Un comble pour une locomotive.
Opposition : le boulet Ramgoolam

Pas plus tard que dimanche dernier, Navin Ramgoolam affirmait, devant ses partisans réunis en congrès que le Parti travailliste serait la locomotive de l’opposition et que lui-même devrait être le candidat incontournable au poste de Premier ministre au sein de toute alliance des opposants au régime. Deux jours plus tard, un boulet dont il pensait s’être débarrassé fin 2019 lui revient à la figure comme un boomerang : la Cour suprême renverse la décision d’acquittement de la cour intermédiaire dans l’affaire des coffres-forts et ordonne un nouveau procès contre le leader du PTr. Voilà de quoi jeter un gros pavé dans la mare déjà trouble de l’opposition.

C’est en effet une peau de banane inattendue que la justice, bien malgré elle, vient de glisser sous les pieds de Navin Ramgoolam. Passons sur son sempiternel rengaine autour d’une politique de rupture qui, de 2017 jusqu’à présent, n’a eu pour unique conséquence que la rupture entre l’électorat et lui. Passons sur son entêtement à faire du neuf avec du vieux. Passons sur son manque de vision et de flair politique. Passons sur bien des choses qui font que le leader du PTr est un homme du passé, un homme dépassé. Passons. Navin Ramgoolam vient de prendre un rude coup au menton, au propre comme au figuré.

Ce nouveau procès pèse lourd sur le calendrier politique de l’opposition. Et sonne comme du pain béni pour le gouvernement et pour Pravind Jugnauth. Celui qui se présentait comme le principal challenger du leader du MSM voit sa locomotive au bord du déraillement avant même d’avoir pu quitter la gare. Un comble pour une locomotive.

Mais ce nouveau procès qui lui pend au nez n’est pas le seul boulet que Navin Ramgoolam traîne derrière lui. Qu’a-t-il fait ces dernières semaines pendant que celui qu’il veut remplacer faisait congrès sur congrès autour du pays ? Quelle a été sa réaction pour contrer la supériorité évidente du MSM sur le terrain ? Qu’ont fait les autres leaders de l’opposition parlementaire et lui ? Rien. Même pas fichu d’organiser une manifestation politique. Et des querelles de personnalités en veux-tu en voilà.

Résultats : Roshi Bhadain fait bande à part, Nando Bodha ne va guère mieux, Paul Bérenger serait, semble-t-il, plus fort que jamais et Xavier-Luc Duval se demande dans quelle galère il s’est fourré. Navin Ramgoolam, lui, se voyait déjà Premier ministre. Cette équipe qui joue en ordre dispersé croit-elle vraiment qu’elle va inquiéter la majorité gouvernementale ? Ces gens sont-ils coupés à ce point de la réalité ?

Le Parti travailliste semble ne plus savoir sur quel pied danser. Prenons le cas à peine déguisé d’India-bashing auquel se seraient livrés certains seconds couteaux ces derniers temps. Quand cette prise de position semblait arranger certains, on n’a pas entendu Navin Ramgoolam se prononcer. Par contre, les Rouges se sont affichés sans complexe lors des célébrations organisées par le Haut-commissariat indien récemment. Alors, on fait la girouette envers l’Inde quand ça nous chante ? C’est comme ça qu’on soutient ses amis ?

Navin Ramgoolam est tout sauf un atout pour l’opposition. Il ne faut même pas être devin pour prédire, par exemple, que l’opposition va tout droit dans le mur, avec ou sans le leader du Parti travailliste à sa tête. Car il n’y a pas que Navin Ramgoolam. Les autres leaders de partis au sein de l’opposition ne sont guère meilleurs. Un hara-kiri politique mais ils ne vont jamais le reconnaître, n’est-ce pas ?

Sunil Gohin, CEO de Wazaa FM et d’Inside News

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