Relations internationales : savoir reconnaître et identifier ses vrais amis

Sans l’aide indienne ou chinoise, par exemple, notre programme de vaccination aurait certainement pris du retard.
Savoir reconnaître et identifier ses vrais amis
Savoir reconnaître et identifier ses vrais amis

MAURICE reçoit ces jours-ci un invité de marque en la personne du Premier ministre adjoint et ministre de l’Intérieur des Émirats Arabes Unis, le Sheik Saif bin Zayed Al Nahyan. Son Altesse sera reçu par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et gageons que la coopération bilatérale entre les deux pays sera, entre autres, au menu des discussions. L’occasion pour nous, citoyens mauriciens vivant dans un monde ultra connecté et impacté par une économie de marché volatile sur le plan planétaire, de faire une petite réflexion sur l’importance de savoir reconnaître et identifier ses vrais amis quand nous avons vraiment besoin d’aide ou de soutien.

Pourquoi cela ? Simplement parce que certains Mauriciens auraient la mémoire courte. On a tendance à oublier ceux qui nous ont aidés dans nos moments difficiles pour n’avoir des yeux doux que pour ceux qui, historiquement, ont su jouer sur certaines cordes sensibles, issues du colonialisme et du capitalisme primaire. C’est ainsi que beaucoup de Mauriciens ne jurent que par l’Europe ou les États-Unis, privilégiant une approche centrée sur l’Occident et en négligeant ou en dédaignant tout ce qui nous vient de l’Orient et de l’Afrique.

photo credit : Getty
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Géopolitique

La géopolitique de nos jours est venue rééquilibrer la donne. Les pays d’Afrique et d’Asie, sans oublier ceux d’Amérique latine et du Moyen-Orient, ont réussi pour la plupart à se débarrasser du nombrilisme euro-centrique ou américano-centrique. Ces pays se développement, exportent leur savoir-faire et leurs ressources et rebattent les cartes de la géopolitique. Par exemple, l’Inde et la Chine sont deux pays qui ont compris ce besoin de se repositionner et de pratiquer une politique d’ouverture vers d’autres pays amis. D’où leurs soutiens à notre pays et cela ne doit pas nous déplaire.

Ce repositionnement, Européens et Américains l’ont bien compris. Nous l’avons vu il y a quelques jours, le président américain Joe Biden, en visite en Arabie saoudite, a laissé entendre que son pays ne se détournerait pas du Moyen-Orient en laissant « un vide que pourraient remplir la Chine, la Russie ou l’Iran ». Chine, Russie mais aussi Inde ou Brésil. Voilà ceux qui font peur aux « pouvoirs traditionnels ».

photo credit : Daily Sabha
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Alors, comment nous, Mauriciens, pouvons-nous nous montrer plus royaliste que le roi ? Si Joe Biden peut renouer le dialogue avec l’Arabie saoudite, c’est que les enjeux pour les USA sont majeurs. Surtout en termes de productions pétrolières. « Bef dan disab, sakenn get so lizie ». Maurice doit donc « regarder » ceux qui lui viennent en aide. Ce n’est un secret pour personne que cette aide nous vient principalement de l’Inde et de la Chine.

Prenons les vaccins reçus par Maurice depuis le lancement de la campagne de vaccination début 2021. Si les États-Unis nous ont offerts des doses du vaccin Pfizer BioNTech, l’Inde, la Chine, les Émirats Arabes Unis, l’Afrique du Sud nous ont aussi bienveillamment aidés. Sans l’aide indienne ou chinoise, par exemple, notre programme de vaccination aurait certainement pris du retard. L’Inde et la Chine prennent maintenant une place longtemps occupée chez nous par la France ou la Grande-Bretagne, par exemple.

Au plus fort de la crise du covid : "Les membres du G20 ont reçu 15 fois plus de doses de vaccin anti-COVID par habitant que les pays d’Afrique subsaharienne" . Source unesco

Les gros blocs occidentaux ont leurs propres problèmes à résoudre. Ils n’ont que peu de temps ou de moyens à mettre à notre disposition. Comme Maurice ne produit pas de matières premières mais que nous produisons, par contre, des matières grises, nous devons nous servir de notre tête pour nous montrer reconnaissant envers ceux qui nous aident spontanément. Pourquoi faire fi de l’aide indienne, par exemple ? Savons-nous seulement que les meilleurs cerveaux aux origines indiennes dirigent des multinationales et des high-tech américains tels que Google, Microsoft, IBM, WeWork, Adobe ou encore Micron ?

Nouveaux pôles de croissance

L’économie mondiale se trouve dans une phase de rééquilibrage. La situation est en partie nouvelle, mais elle représente aussi un retour dans le temps. L’Asie était à l’origine de plus de la moitié de la production mondiale durant 18 des 20 derniers siècles. Nous assistons à une évolution vers une multiplicité de pôles de croissance sous l’effet de plusieurs facteurs : les classes moyennes prennent de l’ampleur dans les pays en développement ; des milliards d’êtres humains font leur entrée dans l’économie mondiale ; et de nouveaux modes d’intégration conjuguent l’intensification des échanges régionaux et l’ouverture mondiale.

L’Asie du Sud-Est est devenue une région à revenu intermédiaire comptant près de 600 millions d’habitants. Elle développe ses liens avec l’Inde et la Chine, renforce ses relations avec le Japon, la Corée et l’Australie,

Le Mauricien moyen est aussi très méfiant, voire méprisant envers l’Afrique. Savons-nous seulement que ce continent est riche mais que cette richesse a été longtemps accaparée par des pays étrangers qui se sont enrichis sur le dos des Africains ? De nos jours, l’Afrique se reprend en main. Maurice doit savoir jouer la carte africaine car notre futur passe par le continent. Nous devons rejeter le terme de « Tiers monde » que les puissances coloniales et le pouvoir politique euro-centré nous ont collé sur le dos. Notre continent est riche. Aux Africains, aux Mauriciens de savoir exploiter leurs richesses et en tirer les bénéfices.

Pourquoi Maurice doit-il tourner le dos à l’Inde, à la Chine, à l’Arabie saoudite, au Qatar, à l’Iran, aux Émirats Arabes Unis, aux pays africains si ces pays nous offrent aides, amitiés, protection, ressources ou sécurité ? Sachons reconnaître nos vrais amis. Ces pays amis l’ont déjà démontré : ils seront les premiers à accourir quand nous appellerons à l’aide.

En conclusion, méditons sur ce qu’a si bien résumé l’émir de Dubaï, quand on l’a interrogé sur l’avenir de son pays : « Mon grand-père montait à chameau, mon père montait à chameau, je roule en Mercedes, mon fils roule en Land Rover et mon petit-fils va rouler en Land Rover, mais mon arrière-petit-fils va monter à chameau… ». Le Cheik Al Maktoum voulait par-là dire que « Les temps difficiles produisent les hommes forts, les hommes forts engendrent les temps de prospérité et de stabilité. Les temps de prospérité et de stabilité produisent les hommes faibles, les hommes faibles produisent les temps difficiles. » Sommes-nous, à Maurice, dans une période d’hommes faibles, après la période des hommes forts, des bâtisseurs, des années 80 et 90 ? Certains semblent en profiter pour essayer de déstabiliser notre société…

Sunil Gohin, CEO de Wazaa FM et d’Inside News

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