40 % du PIB mauricien menacé : des PME essentielles risquent la fermeture

1 juillet 2026

Le secteur vital des petites et moyennes entreprises (PME) de l’île Maurice a averti qu’il fait face à une crise existentielle, réclamant un paquet de sauvetage gouvernemental d’urgence, seulement deux jours avant la présentation du budget national 2026–2027.

Le secteur, qui génère près de 40 % du produit intérieur brut mauricien et emploie plus de la moitié de la main-d’œuvre active de l’île, voit sa position financière se dégrader de façon soutenue.

Les tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient ont provoqué une hausse des coûts d’importation et de fret, poussant de nombreux opérateurs à réduire leurs activités ou à envisager la fermeture pure et simple.

Ajay Beedasee, président de la Chambre des PME, a révélé qu’un nombre important d’entreprises ont procédé à des suppressions d’emplois depuis 2025, comme stratégie de survie à court terme pour atténuer la hausse des coûts opérationnels et de production.

« Beaucoup d’entreprises ont dû procéder à un redimensionnement de leurs effectifs depuis 2025 », a expliqué M. Beedasee. « À mesure que les coûts augmentent, le fardeau se fait sentir. Nous sommes obligés de réduire le nombre d’employés pour atténuer la pression. Si deux salariés coûtent environ 40 000 Rs, leur suppression offrirait un soulagement équivalent. »

Pressions critiques et dette liée à la pandémie

Les représentants du secteur indiquent que les entreprises locales se retrouvent prises au piège par une combinaison de vents contraires économiques nationaux et mondiaux. Outre la flambée des frais de fret, les entreprises peinent à faire face à la hausse des salaires, à l’augmentation des factures d’utilités, à la pénurie de devises étrangères et à des taux d’intérêt élevés qui restreignent fortement l’accès au capital.

La crise est fortement aggravée par des dettes non résolues héritées de la pandémie de Covid-19.

De nombreuses entreprises continuent de rembourser des prêts soutenus par l’État initialement destinés à soutenir les salaires et à préserver les emplois pendant la crise sanitaire, plutôt que de financer l’expansion.

En outre, les entreprises locales font face à d’importantes baisses de commandes tant sur les marchés domestique que d’exportation.

Cette chute de la demande est aggravée par une concurrence étrangère agressive et à bas coût ainsi que par des pratiques de dumping déloyales, ce qui empêche les fabricants locaux d’absorber ces pressions financières croissantes.

Exigences de l’industrie pour le budget 2026-2027

La Chambre des PME a soumis une liste exhaustive de mesures de soulagement avant la présentation budgétaire de vendredi, visant des réformes structurelles dans les domaines des finances, de la logistique et de l’accès au marché :

  • Relief financier et de la dette : Restructuration flexible de la dette au cas par cas, moratoires ou effacements partiels des prêts de soutien salarial liés à la Covid, ciblant plus particulièrement les micro-structures vulnérables dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à 50 millions de Rs. À l’inverse, les grandes sociétés rentables devraient être encouragées à rembourser leur aide pandémique afin de financer ces mécanismes d’aide.
  • Soutien monétaire : Soutien au fonds de roulement soutenu par l’État, facilités de garantie de crédit, assurance-crédit et taux d’intérêt préférentiels étendus aussi bien pour les nouveaux prêts bancaires et découverts que pour les prêts existants.
  • Subventions logistiques : Subventions ciblées pour le transport et la logistique, y compris des mécanismes de remboursement partiel du fret pour les importateurs et exportateurs de matières premières.
  • Protection du marché intérieur : Réintroduction ou renforcement des droits de douane et taxes sur les vêtements importés, accompagnée de quotas stricts sur certaines importations afin de refléter les pratiques commerciales protectrices utilisées dans des pays comme l’Afrique du Sud.
  • Transition numérique et verte : Co-financement étatique pour les investissements technologiques, les logiciels de gestion et le développement du commerce électronique, ainsi que des subventions pour les installations solaires, l’efficacité énergétique et les véhicules électriques.
  • Réduction des coûts fiscaux et opérationnels : Diminution des frais bancaires et de transaction, aide de l’État sur les factures d’eau et d’électricité pour les petites structures, et une révision des droits de circulation routière.
  • Réformes du travail : Rationalisation et simplification des procédures administratives et des demandes de permis de travail pour les travailleurs étrangers, parallèlement à un financement public accru des congés maternité et paternité.
  • Gouvernance et marchés publics : Un accès plus large aux marchés publics pour les PME grâce à la rotation régulière des commissions d’appel d’offres, des règles de transparence plus strictes et une surveillance rigoureuse des conflits d’intérêts afin de démanteler la domination actuelle des marchés publics par un petit nombre d’opérateurs. La Chambre propose également de créer des « SME Market Hubs » régionaux et de mettre en place une infrastructure stratégique de stockage et de distribution en Afrique.

Perspectives alternatives de l’industrie

Lors d’une consultation distincte en prévision du budget, Aadil Ameer Meea, le ministre de l’Industrie, des PME et des Coopératives, a rencontré la Fédération des Petites et Moyennes Entreprises (SMEF) pour entendre leurs griefs parallèles.

Différemment des propositions de la Chambre des PME, la SMEF a explicitement indiqué qu’elle ne cherche pas des aides financières directes de l’État. Au contraire, la fédération réclame des réformes structurelles pour favoriser un environnement économique plus favorable.

La SMEF a souligné que d’importantes pénuries de main-d’œuvre locales menacent les capacités de production, critiquant les procédures de recrutement de travailleurs étrangers comme « longues et coûteuses » pour les petites opérations.

Ils ont exhorté le gouvernement à adapter les cadres réglementaires afin que des exigences administratives rigides ne s’appliquent pas de la même manière aux petites entreprises et aux sociétés lourdes en ressources.

La SMEF a également exprimé sa frustration face à la concurrence déloyale des importations bon marché et de mauvaise qualité qui contournent les normes strictes de qualité et de conformité que les producteurs locaux doivent respecter légalement.

De plus, la SMEF a appelé à une meilleure reconnaissance économique du secteur touristique « Genuine Mauritian Arts & Crafts », demandant une protection juridique formelle pour les symboles nationaux sensibles tels que le dodo, la carte de l’île Maurice et le drapeau national.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.