5 794 étudiants atteignent le HSC parmi les 16 967 ayant commencé l’école primaire

5 octobre 2026

Sur 16 967 élèves admis en première année en 2012, à peine 5 794 se sont présentés au Higher School Certificate (HSC) en 2023, révélant une fuite éducative massive et mettant en lumière les luttes silencieuses de milliers d’enfants qui disparaissent des radars officiels.

Les chiffres — comprenant 3 277 filles et 2 517 garçons au niveau HSC — soulignent un taux d’attrition à long terme tout au long du cycle scolaire.

La cohorte initiale de 8 683 garçons et 8 284 filles a vu les chiffres évoluer pour atteindre 15 199 candidats au Primary School Achievement Certificate (PSAC) — incluant 7 766 garçons et 7 433 filles — et 13 095 candidats au School Certificate (SC) d’ici 2023.

Au niveau du SC, les filles formaient la majorité avec 7 135 candidates contre 5 960 garçons.

Les experts avertissent que ces chiffres doivent être interprétés avec prudence, car sans années de référence exactes pour toutes les épreuves et sans un suivi individuel des élèves, ils ne mesurent pas les pertes exactes au sein d’une même cohorte, et tout élève qui cesse d’étudier avant le HSC ne peut pas être systématiquement classé comme décrocheur.

Beaucoup passent ensuite à une formation technique ou professionnelle, soulevant une question centrale: combien continuent d’apprendre, combien travaillent, et combien restent sans formation structurée ou projets.

Comprendre la disparition et les défaillances cachées

Le sociologue Dr Oomandra Nath Varma souligne que le problème provient d’un manque de soutien continu, affirmant : « On ouvre les portes de l’école, puis chacun est laissé à lui-même ».

Les abandons sont généralement précédés d’un enchaînement d’absences, de résultats qui se dégradent, d’un intérêt qui s’éteint, d’échecs répétés, d’un renforcement de la pression des pairs, de responsabilités familiales ou d’un choc familial brutal.

Le profil d’un élève en difficulté va bien au-delà du garçon turbulent à l’arrière de la classe.

Beaucoup sont silencieux, obtiennent des notes moyennes et s’effacent lentement, ou ne voient tout simplement pas l’utilité de poursuivre.

De plus, le Dr Varma met en avant le phénomène caché d’enfants physiquement présents dans les salles de classe dont le lien avec l’apprentissage est déjà rompu.

Maintenus dans le système, ils n’apprennent plus vraiment, dissimulant leurs difficultés sous des politiques de promotion automatique et de grandes classes de plus de trente élèves où l’enseignement individualisé est difficile à mettre en œuvre.

En outre, ces défis sont aggravés par des obstacles linguistiques. Beaucoup d’enfants parlent Kreol à la maison, alors qu’ils apprennent et sont évalués en anglais et en français, un obstacle qui s’associe fréquemment à des difficultés d’apprentissage non diagnostiquées en lecture et en calcul.

Des résultats faibles en langues et en mathématiques servent de signes d’alerte précoces et critiques.

Alors que les garçons rencontrent davantage de difficultés à la fin du primaire et que les filles dominent les chiffres du SC et du HSC, les filles font face à des obstacles distincts, moins visibles, tels que les responsabilités domestiques et les grossesses précoces.

Des fondations fragiles et des pressions familiales

Ni les écoles ni les familles ne portent ce fardeau seuls. La précarité socio‑économique, la pauvreté, les séparations familiales ou un décès dans le foyer créent des environnements domestiques lourds.

Edley Maurer, responsable de l’ONG Safire, rappelle que la privation affective, le manque de cadre et le faible soutien parental peuvent pousser les enfants vers les marges des systèmes éducatifs et sociaux.

Alors que les parents bénéficiant de codes scolaires naviguent plus facilement dans le système, les ménages vulnérables disposent d’un faible accès à la disponibilité des adultes.

Le Dr Varma et Maurer convergent sur la nécessité d’une intervention précoce, plaidant pour des structures préscolaires, la détection des obstacles à la lecture et au calcul dès l’entrée à l’école primaire, et une reconnaissance renouvelée du rôle des enseignants de soutien, dont les missions ne sont pas suffisamment valorisées.

Maurer souligne également la nécessité d’une approche plus large axée sur le soutien des familles vulnérables, via des cours de préparation parentale ou de préparation au mariage afin de stabiliser l’environnement familial.

Risque et secondes chances grâce à des réseaux alternatifs

Sans intervention, l’abandon sans qualification peut pousser les jeunes vers des groupes sociaux marginaux, des drogues de synthèse et un recrutement dans des réseaux illicites. Cependant, les réseaux alternatifs offrent des voies de secours essentielles.

Des organisations comme le réseau ANFEN — qui affiche un taux de réussite moyen de 85 pour cent depuis 2022 dans le National Certificate 1 d’Alphabétisation des Adultes —, aux côtés de l’Atelier Technique de Rivière-Noire et du Foundation Programme, proposent un soutien psychosocial et professionnel global.

Environ 75 % des nouveaux entrants chez ANFEN présentent des difficultés significatives en lecture, en écriture et en arithmétique après six à sept années de primaire.

  • Atelier Technique de Rivière-Noire : soutenu par Caritas Rivière-Noire, en collaboration avec La Fabrique, et opérant au sein du réseau ANFEN, il accueille environ quinze jeunes âgés de 15 à 17 ans. Dirigé par le responsable pédagogique Loïc Morin, assisté par des travailleurs sociaux qui visitent les familles et des psychothérapeutes offrant des espaces sécurisés, il s’appuie sur des dons pour offrir l’autonomie personnelle, émotionnelle et financière à travers la scolarité ou des stages en entreprise.
  • Foundation Programme : s’appuie sur trois piliers couvrant le développement personnel/émotionnel/social, la littératie et la numératie fondamentales, ainsi qu’une dimension professionnelle préparant les élèves à l’Institut mauricien de formation et de développement (MITD) ou à des centres de formation, aux côtés des niveaux du Certificat National 1, 2 et 3.

Cinq parcours de transformation

Les récits individuels d’élèves à travers ces structures alternatives illustrent comment une écoute adaptée, des ateliers pratiques et une seconde chance transforment le découragement en autonomie et en espoir pour un avenir structuré :

  • Romain (15 ans) : Rencontrait des difficultés dans une école privée où il se sentait mal à l’aise pour lire, répondre ou suivre les cours, ce qui a mené à de l’agitation, des bagarres et à une suspension de deux mois et demi à domicile. À To Rev Nu Vision, il a retrouvé confiance, se prépare au NC1 et aspire à se former en soudage.
  • Naomi (15 ans) : A fait face à des obstacles de lecture au niveau primaire et à un enseignant peu réactif. Après la 9e année, elle voulait travailler et quitter l’école, jusqu’à ce que sa mère l’encourage à rejoindre To Rev Nu Vision, où elle s’est investie dans les mathématiques, l’anglais, le français, la couture, l’informatique, la cuisine et le jardinage.
  • Estrella (13 ans) : Arrivée à To Rev Nu Vision à l’âge de 12 ans sans savoir lire ni écrire après un parcours scolaire difficile. Elle a appris à son rythme, est devenue ambassadrice d’un projet de santé mentale pour les jeunes et a acquis des compétences en cuisine et en couture.
  • Nathanaël : A découvert que les animateurs à Paille en Queue accordent plus de temps et d’attention aux besoins des élèves. Grâce à la cuisine, au sport, à l’informatique et à la musique, il a découvert ses talents et se sent épanoui avec un futur clair.
  • Jade : Évoque le soutien psychosocial et l’écoute dont elle bénéficie dans son école, qui lui permettent de s’exprimer sans crainte, découvrant des talents de chant et de cuisine tout en développant son autonomie pour obtenir un emploi futur.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.