Deux spécialistes de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) de France ont passé cinq jours à auditer les archives de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) à Moka. Soutenue par Expertise France, la mission a relevé le double défi de préserver des documents historiques fragiles et de mettre en place des flux de travail efficaces pour les productions modernes.
Les Experts
- Madeleine Horvat : documentaliste multimédia à l’INA depuis 2013, ayant travaillé pour France Télévisions, TF1 et PictureTank, Horvat a dirigé des projets de conseil international au Zimbabwe, en Tunisie et au Sénégal.
- Thomas Monteil : Chef de projet au sein du département Expertise et Conseil de l’INA depuis 2020, Monteil coordonne la coopération internationale et dirige l’unité d’enseignement du Master Gestion des Médias Numériques.
L’évaluation s’est achevée le vendredi 18 septembre, avec un premier débriefing sur les conclusions clés et les voies de développement stratégique.
Découverte de 59 années d’histoire
Les archives de la MBC s’étendent sur 59 années et abritent une collection que le directeur général Alain Gordon-Gentil reconnaît avoir été négligée pendant une décennie.
- La plus ancienne découverte : Le premier élément retrouvé est un film 16 mm datant de 1967. Son étiquette d’origine a disparu, le rendant auparavant inaccessible.
- Le « problème des termites » : En revenant sur la négligence à long terme, Gordon-Gentil a déclaré : « Les termites se sont bien amusés. » Il a personnellement sollicité l’aide des spécialistes de l’INA, avec le concours de l’ambassadeur de France, Frédéric Bontems, facilitant le partenariat.
- Accès futur : Gordon-Gentil a souligné que l’objectif ultime est de mettre en place un système permettant au grand public, aux journalistes, aux historiens, aux étudiants et chercheurs de consulter et d’obtenir ces archives restaurées.
État des collections : le syndrome du vinaigre et le stockage
Thomas Monteil, chef de projet chez INA Expertise et Consulting, a décrit l’état des archives de la MBC comme « assez classique » pour un diffuseur national, étant donné que la mission principale d’une chaîne est la diffusion quotidienne plutôt que l’archivage à long terme.
- Dégradation chimique : Certains films souffrent du « syndrome du vinaigre » — une dégradation chimique grave et difficile à contenir de la base du film.
- Stockage contrôlé : À l’inverse, de nombreux enregistrements vidéo bénéficient de boîtiers protecteurs conservés dans un espace de stockage à température et humidité contrôlées.
- Éléments externes : Les auditeurs ont relevé que l’espace de stockage est limité et nécessite une priorisation. Par exemple, de nombreux CD audio découverts sur place appartiennent probablement à des phonothèques radio externes et n’ont pas de valeur patrimoniale directe pour la MBC.
Le dilemme numérique et les obstacles administratifs
Les experts ont mis en évidence plusieurs vulnérabilités systémiques concernant la gestion des données numériques et le suivi des métadonnées :
- Numérisation au point mort : Une dynamique de numérisation lancée en 2011 — suite au déménagement de la station de Rue Pasteur à Curepipe vers Moka — est aujourd’hui inactive.
- Perte de données à haut risque : Monteil a averti sur les dangers numériques actuels, en notant : « Hier, lorsque nous avons perdu une bobine, nous avons perdu une heure de programmes. Aujourd’hui, si nous perdons un disque dur, nous perdons des milliers d’heures de programmes. »
- Silos d’information : Il n’existe actuellement aucun flux de travail simplifié permettant de transférer directement les métadonnées (dates de diffusion et noms des présentateurs) des grilles quotidiennes vers le service des archives.
- Rapprochement des collections : Madeleine Horvat, documentaliste multimédia de l’INA, a souligné que les inventaires papier plus anciens exigent un travail méthodologique rigoureux pour établir le lien entre les archives physiques et les fichiers numérisés.