Dans un débat post-budget brûlant, le chef de l’opposition, Joe Lesjongard, a lancé une attaque cinglante contre les plans fiscaux du gouvernement pour 2026/2027, accusant le Premier ministre d’avoir opéré un tour de magie à la David Copperfield pour faire disparaître la pension universelle de retraite à Maurice.
La séance parlementaire a été marquée par de fortes perturbations, des échanges féroces et des interventions de la présidente du Parlement, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, tandis que M. Lesjongard délivrait une critique étendue du schéma économique de l’administration.
Il a déclaré que la réforme des pensions récemment annoncée constitue une « contre-réforme sociale » qui trahit les promesses de campagne et menace les fondements mêmes de l’État-providence mauricien.
La Querelle autour de la pension
Le pivot du discours de l’opposition s’est concentré sur le départ du gouvernement d’un modèle universel de pension en faveur d’un système conditionnel.
M. Lesjongard a rappelé les promesses de campagne visant à porter la pension de retraite à Rs 21 000 ou Rs 21 500.
Au lieu de cela, le nouveau budget introduit un système variable où les citoyens peuvent percevoir leur pension entre 60 et 70 ans, les versements étant ajustés en fonction de l’âge choisi.
« Le choix n’est pas le même pour tout le monde », a affirmé M. Lesjongard, avertissant que les travailleurs manuels, les personnes en mauvaise santé ou les revenus modestes ne peuvent pas se permettre de repousser leur départ à la retraite jusqu’à 65 ou 70 ans pour accéder à une tranche supérieure.
Il a soutenu que la pension de vieillesse ne doit pas être traitée comme une simple allocation, mais comme une « reconnaissance d’une vie de travail et de contribution à la construction de la nation ».
« Stratégie » d’Intelligence Artificielle théorique
En se tournant vers la technologie, le chef de l’opposition a rejeté l’accent prononcé par le gouvernement sur l’Intelligence Artificielle (IA) dans l’éducation, la fonction publique et les services numériques, le qualifiant d’un exercice trop théorique.
« Répéter le mot « IA » vingt fois dans un discours budgétaire ne suffit pas à préparer le pays pour l’avenir », a-t-il déclaré, notant que plusieurs annonces avaient été simplement recyclées du budget précédent sans aucun rapport d’avancement clair.
M. Lesjongard a exprimé de graves inquiétudes face à l’absence d’une législation précise pour régir l’IA à une époque où les puissances internationales peinent à la réglementer. Il a averti des menaces significatives pour l’emploi dans des secteurs clés, notamment :
- Finance
- Éducation
- Médias
- Industries créatives
Infrastructures énergétiques et risques de coupures
Ancien ministre de l’Énergie et des Services publics, M. Lesjongard a exprimé un scepticisme profond quant à la stratégie énergétique du pays, soulignant que la consommation nationale d’électricité augmente d’environ 5 % par an.
Il a critiqué une allocation de 65 millions de Rs pour une nouvelle étude sur une centrale électrique à gaz naturel liquéfié, soutenant que cela accroîtrait la dépendance aux importations, et a relevé qu’un projet de barge flottante n’avait abouti à aucun progrès concret.
Au contraire, il a appelé à l’exploration d’alternatives locales et renouvelables, telles que l’énergie des vagues.
En outre, M. Lesjongard s’est demandé si les infrastructures du pays pourraient soutenir les demandes élevées en électricité et en eau des centres de données alimentés par l’IA.
« Où trouverons-nous l’électricité nécessaire pour faire fonctionner ces installations alors même que l’on parle déjà de risques de délestage ? » a-t-il demandé.
Mesures retenues accueillies favorablement
Malgré ses critiques d’ensemble, le chef de l’opposition a reconnu plusieurs initiatives sociales et infrastructurelles positives dans le budget 2026/2027, notamment :
- Prolongation du congé maternité
- Introduction du congé menstruel
- Financement pour lutter contre le harcèlement scolaire
- L’achat de manuels scolaires et de matériel pédagogique
- Le lancement prochain du chantier de l’autoroute M4
« Pas un budget pour le peuple »
En clôture de son allocution, M. Lesjongard a prononcé un verdict implacable sur la performance du gouvernement, affirmant que le budget ne répond pas à la hausse du coût de la vie ni à l’anxiété croissante du public.
« Est-ce un budget pour le peuple ? La réponse est non », a-t-il conclu, donnant le ton controversé pour le reste des débats post-budget.