Les femmes à Maurice continuent de subir un écart salarial entre les sexes de 20,9 % par rapport à leurs homologues masculins, inexpliqué, selon un rapport régional de référence présenté le 21 octobre à l’Hôtel Voilà à Moka.
Le document, intitulé Vers des futurs inclusifs sur le plan du genre dans l’océan Indien occidental, a été publié par le Charles Telfair Centre.
Au‑delà de la lutte contre l’inégalité salariale, le rapport expose des recommandations urgentes concernant l’accès aux postes de direction, les réformes de la protection sociale, les politiques climatiques et le coût économique des violences domestiques.
Portée et origines de l’étude
Les résultats s’appuient sur les conclusions d’un important symposium organisé en novembre 2025. Cette publication regroupe les contributions de 25 intervenants et de plus de 100 délégués issus d’organismes gouvernementaux, de la société civile et d’instituts de recherche.
Bien que centrée sur les résultats clés à Maurice, l’étude examine les dynamiques d’égalité des genres dans six pays de la région :
- Comores
- Kenya
- Madagascar
- Maurice
- Seychelles
- Afrique du Sud
Réformes sur le lieu de travail et représentation au leadership
Pour remédier à la fracture salariale de 20,9 %, le rapport recommande d’instaurer des procédures de recrutement, de promotion et de rémunération entièrement transparentes.
Les auteurs exhortent à supprimer les barrières culturelles et structurelles qui limitent l’accès des femmes à des postes supérieurs, en proposant des mesures spécifiques telles que des quotas, des horaires de travail flexibles et des infrastructures de garde d’enfants à coût abordable. Le rapport précise que ces propositions constituent des lignes directrices plutôt qu’une législation actuellement en vigueur.
La Dr Myriam Blin, économiste spécialisée dans les questions de genre et directrice du Charles Telfair Centre, a souligné que la représentation égale des genres au sein des organes de prise de décision constitue un levier indispensable pour le progrès.
« Nous avons besoin de cette diversité dans le pouvoir de décision », a insisté la docteure Blin.
Elle a noté que combler les disparités entre les sexes dans l’emploi, les finances et l’accès aux ressources économiques pourrait apporter une contribution significative au Produit intérieur brut (PIB), même si aucun chiffre monétaire précis n’a été divulgué.
Progrès politiques et déficits de la protection sociale
Le rapport met en évidence des avancées notables dans le leadership politique local. Suite à la mise en œuvre d’une règle de liste de candidates en vertu de la Local Government Act 2011, la proportion de femmes exerçant des mandats de conseillères municipales a fortement augmenté, passant de 6 % à 26 %.
Cependant, des lacunes subsistent dans la protection sociale. Le rapport souligne que la présente Loi sur l’intégration sociale et l’autonomisation ne comporte pas de dispositions spécifiques liées au sexe ou au genre. Pour construire un système inclusif, l’étude recommande :
- Évaluer l’impact spécifique des politiques sociales sur les femmes.
- Reconnaître officiellement et prendre en compte le travail domestique non rémunéré.
- Élargir la couverture de la protection sociale aux travailleurs du secteur informel.
Impact économique de la violence domestique et politique climatique
L’étude révèle que la violence domestique coûte à l’État mauricien environ 2 milliards de roupies par an. Pour lutter contre ces abus, les auteurs appellent à :
- La création de bases de données nationales et régionales ventilées.
- Des mécanismes renforcés pour traiter les abus en ligne.
- Un financement durable à long terme pour les services de soutien.
Par ailleurs, les auteurs préconisent l’intégration systématique des perspectives de genre dans les politiques liées au changement climatique.
Feuille de route pour la mise en œuvre
Pour transformer ces recommandations en actions politiques concrètes, le rapport définit quatre priorités stratégiques :
- Améliorer la collecte de données ventilées par genre.
- Renforcer la coordination institutionnelle entre les secteurs.
- Garantir un financement dédié aux engagements en matière d’égalité des genres.
- Assurer la représentation des femmes au sein des structures de décision.
L’objectif final, selon les auteurs, est de veiller à ce que les politiques liées au genre soient activement mises en œuvre et évaluées de manière rigoureuse au regard de résultats mesurables et concrets.