L’ancienne ministre junior chargée des Arts et de la Culture, Véronique Leu-Govind, a démissionné de son poste gouvernemental et devrait être auditionnée par l’Unité anti-drogue et de contrebande (ADSU), à la suite d’une enquête transfrontalière conjointe qui a mis au jour des traces de cannabis dans son véhicule et une importante opération de trafic liée à son mari.
L’enquête trouve ses origines dans la saisie, dimanche 26 juillet, de dix sacs contenant 156 kilogrammes de zamal (cannabis), d’une valeur estimée sur le marché de Rs 234 millions, au large de La Réunion, à l’embouchure de la Rivière du Mât à Bras-Panon.
Cette saisie considérable a déclenché une opération coordonnée entre la Gendarmerie de La Réunion et les autorités mauriciennes, qui a directement conduit à l’arrestation de deux ressortissants mauriciens :
Le mari de Leu-Govind, Gulshan Govind, plombier âgé de 42 ans, et Ravindra “Kris” Chimajee, un suspect bien connu des services de lutte contre la drogue.
Véhicule et perquisition au domicile révélant du cannabis et de la méthadone
Suite à l’arrestation de Gulshan Govind vendredi, la police a saisi un SUV GWM Tank 300 (immatriculation 5592 AP 25).
Les déclarations d’actifs de la Financial Crimes Commission (FCC) confirment que ce véhicule tout-terrain, acheté l’an dernier, appartient à Leu-Govind.
Les agents de l’ADSU qui inspectaient le véhicule ont découvert des graines et des feuilles suspectées d’être du cannabis, et prévoient désormais de recueillir une déposition officielle de l’ancienne ministre.
Une perquisition ultérieure au domicile du couple a révélé quatre plants de cannabis mesurant entre 7 et 10 cm, ainsi qu’une quantité de méthadone évaluée à Rs 20 300.
Govind, qui possède une condamnation antérieure pour possession de drogue remontant à 2008, a avoué aux enquêteurs lors des interrogatoires :
« J’ai moi-même planté ces quatre plants de cannabis. »
Il a en outre admis être le propriétaire de la méthadone, déclarant : « Je l’ai achetée pour la boire afin d’arrêter la drogue ».
Govind a été provisoirement inculpé pour complot en vue de commettre une infraction liée à la drogue (à savoir l’importation de cannabis à Maurice), cultivation de plants de cannabis et possession de méthadone.
Placée en détention provisoire à l’issue d’une comparution devant le tribunal de Bambous lundi, elle a été entendue en train d’essayer de rassurer sa mère, criant : « Ne t’inquiète pas, ne t’inquiète pas ».
Poursuite internationale : motomarines, kayaks et hélicoptère d’intervention
L’enquête internationale sur le trafic a débuté le 26 juillet lorsque des gendarmes de La Réunion ont observé deux individus tenter de transférer dix sacs de cannabis sur un canot rapide en provenance de Maurice.
Après la saisie initiale, une recherche par hélicoptère a été lancée au-dessus de la zone maritime. Les gendarmes ont repéré une embarcation à grande vitesse (immatriculation PCL-200-T-PC) transportant deux membres d’équipage, qui avait quitté Saint-André à 12 h 44.
Les autorités françaises ont transmis les renseignements à Maurice, tout en procédant à la saisie d’un kayak soupçonné d’avoir été utilisé pour ravitailler les drogues.
Agissant sur les informations échangées par La Réunion, les agents de l’ADSU ont localisé le canot à grande vitesse, amarré à environ 20 mètres au large de la plage du Morne, près de l’hôtel Le Paradis. Les détectives ont identifié Govind et Chimajee comme les meneurs présumés derrière cette tentative d’importer du cannabis pour approvisionner le marché local mauricien.
Chimajee a été arrêté par l’ADSU le vendredi 31 juillet, alors qu’il était hospitalisé dans une clinique privée au nord, sous la garde d’un sentinelle posté. La police a saisi une fiole de méthadone en sa possession.
Chimajee — qui avait déjà été arrêté en 2008 dans le Cirque de Mafate à La Réunion, avec son frère Yanesh et Thierry Vivian Aza, pour possession de 21 000 € — a été libéré de la clinique lundi. Il a passé la nuit en détention et devrait être provisoirement inculpé de complot en vue d’importer du cannabis devant le tribunal de Bambous aujourd’hui.
Premier ministre exige la démission face aux inquiétudes liées à la perception
Lors d’un entretien sur Radio Plus lundi 3 août, après la cérémonie d’investiture de deux nouveaux ministres juniors, le Premier ministre Navin Ramgoolam a confirmé avoir personnellement demandé à Leu-Govind de quitter son poste.
« Dans le pays, il y a une question de perception. Il n’y a rien contre elle, mais il y a des perceptions. Je lui ai demandé de démissionner. »
Elle l’a fait, a déclaré Ramgoolam, ajoutant que le poste vacant ne serait pas immédiatement comblé, car Leu-Govind bénéficie de la présomption d’innocence et « il n’y a aucune preuve contre elle ».
Ramgoolam a expliqué que la nomination rapide d’autres ministres juniors visait à freiner les spéculations publiques, ajoutant que des ajustements politiques structurels — y compris la possibilité de rétablir le système du Secrétaire privé parlementaire (PPS) — sont en cours d’examen.
Rester députée malgré la démission du parti
Dans une lettre officielle adressée au comité exécutif national des Les Nouveaux Démocrates, Leu-Govind a confirmé qu’elle démissionnait de la présidence du parti dans une situation personnelle « particulièrement difficile », tout en réaffirmant son engagement à rester députée pour Savanne/Rivière-Noire (Circonscription n°14).
« Je poursuivrai pleinement mon mandat de députée afin de continuer à servir les citoyens qui ont placé leur confiance en moi », a-t-elle écrit, se décrivant comme une militante engagée qui continuera à soutenir le parti.
Dans un communiqué publié lundi 4 août, Les Nouveaux Démocrates a déclaré que sa décision contribuerait à préserver la confiance du public dans les institutions de l’État et à préserver la stabilité du mouvement politique.