Banque centrale de Maurice vise une inflation de 4 % avec une nouvelle politique monétaire

28 juillet 2026

La Banque de Maurice (BoM) a réaffirmé une orientation prudent de sa politique monétaire, priorisant la stabilité des prix et la prévention de l’inflation au détriment de la croissance économique à court terme face à des pressions mondiales croissantes, selon son Rapport sur la politique monétaire de juin 2026 publié sur son site Internet.

Le document stratégique fait suite à la décision du Comité de politique monétaire (MPC) lors de sa réunion du 20 mai 2026 d’augmenter le taux directeur principal de 25 points de base, le faisant passer de 4,50 % à 4,75 %.

Les responsables de la banque ont présenté cette hausse comme une mesure préventive destinée à ancrer les anticipations d’inflation chez les ménages, les entreprises et les investisseurs, plutôt que comme une mesure corrective face à une inflation déjà galopante.

Alors que l’inflation globale s’est modérée à environ 4 % — en net recul par rapport aux pics post-pandémiques et des chocs internationaux — la banque centrale a averti que les risques haussiers demeurent importants.

Cette réorientation de la politique intervient alors que l’économie mauricienne, pourtant résiliente, fait face à des vents contraires externes croissants, notamment les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement et le ralentissement de la croissance mondiale.

En tant que petite économie ouverte fortement dépendante des importations, Maurice demeure particulièrement vulnérable aux facteurs externes échappant à son contrôle, tels que des flambées potentielles des prix du pétrole, l’augmentation des coûts du fret maritime et les frictions commerciales internationales.

La direction de la banque — notamment le Premier gouverneur adjoint Rajeev Hasnah, la Gouverneure Dr Priscilla Muthoora Thakoor et le Deuxième gouverneur adjoint Ramsamy Chinniah — a reconnu que des coûts d’emprunt plus élevés impliquent des compromis économiques.

La BoM a implicitement reconnu que des conditions monétaires plus strictes augmentent le coût du crédit, ce qui peut retarder les investissements des entreprises et freiner la consommation des ménages.

Cependant, la banque a conclu qu’une inflation soutenue constitue une menace bien plus grande pour le pouvoir d’achat et la crédibilité monétaire.

Au-delà des taux d’intérêt, le rapport souligne les opérations en cours visant à gérer l’excès de liquidité au sein du secteur bancaire commercial.

La banque centrale prévoit de continuer à absorber les fonds excédentaires afin que les taux du marché monétaire restent étroitement alignés sur le taux de politique monétaire, préservant le mécanisme de transmission de sa politique monétaire.

Malgré les turbulences externes, la BoM a confirmé que le secteur bancaire mauricien reste robuste, soutenu par des niveaux de capitalisation solides et des tampons de liquidité suffisants.

Les scénarios de tests de résistance réalisés par la banque centrale ont démontré que le système financier reste résilient en conditions défavorables, bien que les responsables continuent de surveiller les risques liés au crédit, à la qualité des actifs et aux mouvements des taux de change.

Sur le change, la BoM a réitéré sa position consistant à maintenir des conditions de marché ordonnées sans viser un niveau spécifique pour la roupie mauricienne.

Les responsables ont averti qu’une dépréciation rapide augmente directement le coût du carburant importé, des denrées alimentaires et des biens intermédiaires, tandis qu’une appréciation excessive risquerait de pénaliser les exportateurs et le secteur touristique.

Pour l’avenir, la BoM a mis l’accent sur une stratégie « fondée sur les données ». Les ajustements de politique futurs dépendront des évolutions des données d’inflation, de la croissance économique, des tendances du taux de change et des développements internationaux, plutôt que d’un calendrier fixe.

La banque centrale est confrontée à un exercice d’équilibrage délicat dans les mois à venir : maintenir l’inflation sous contrôle sans étouffer la reprise économique, préserver la confiance dans la roupie, assurer une transmission efficace de la politique malgré l’excès de liquidité, et soutenir les efforts de consolidation budgétaire du gouvernement sans compromettre son mandat fondamental ni son indépendance institutionnelle.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.