Crise des déchets toxiques à l’Île Maurice : décharge saturée à trois fois sa capacité

21 juillet 2026

L’Île Maurice est confrontée à une crise croissante de déchets dangereux, le pays produisant désormais jusqu’à 1 050 tonnes de déchets médicaux chaque année, tandis que son unique site d’enfouissement opère à trois fois la capacité qui lui était destinée.

L’ampleur du déficit lié à la gestion des déchets sur l’île a été mise au jour lors d’une réunion du Circular Economy Entrepreneurs Club à Ébène.

Organisée par Business Mauritius, la conférence a réuni des dirigeants du secteur privé régional afin de s’attaquer à l’un des dilemmes non résolus : comment les pays insulaires isolés parviennent-ils à gérer des volumes croissants de déchets chimiques et médicaux ?

La crise est particulièrement aiguë à Mare-Chicose, le seul site d’enfouissement du pays. Conçu à l’origine pour absorber 400 tonnes de déchets par jour, le site était submergé par environ 1 200 tonnes quotidiennement à la fin de l’année 2022.

Pour faire face à cet afflux, les autorités entreprennent actuellement une extension verticale de la décharge.

Cela constitue une mesure provisoire jusqu’à la mise en service de deux nouvelles Installations Intégrées de Traitement des Déchets à la fin de 2028.

Les installations à venir devraient détourner 208 000 tonnes de déchets du site d’enfouissement chaque année, ce qui ferait passer le taux national de recyclage de 6 % environ à 45 %.

Réglementation et risques environnementaux

La présence de matières dangereuses accentue de manière significative les risques au sein de cette décharge déjà sous pression.

Les données nationales enregistrent une hausse constante des déchets médicaux, passant de 800,3 tonnes en 2018 à 846,2 tonnes en 2020, pour atteindre aujourd’hui une estimation comprise entre 1 000 et 1 050 tonnes par an.

En raison de l’absence d’incinérateurs fonctionnels dans l’ensemble des hôpitaux locaux, une partie de ces déchets médicaux a historiquement été enterrée directement à Mare-Chicose.

Cette pratique va à l’encontre des directives internationales de la Convention de Bâle relative aux déchets dangereux, à laquelle l’Île Maurice est signataire.

Ajoutant au problème, l’élimination non régulée des batteries lithium-ion extrêmement inflammables est à l’origine d’un risque accru. En l’absence de cadres juridiques stricts et de mécanismes de responsabilité des producteurs, ces batteries risquent d’atterrir dans les stations de transfert ou même sur Mare-Chicose, créant un danger d’incendie majeur pour l’ensemble du site.

La quête de solutions régionales

La rencontre d’Ébène s’est tenue dans le cadre d’une initiative régionale financée par le Global Environment Facility et mise en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Le projet vise à aider les entreprises des Comores, des Maldives, de l’Île Maurice et des Seychelles à améliorer la gestion des déchets chimiques et dangereux, à atténuer les risques pour la santé publique et les écosystèmes, et à favoriser une économie circulaire sans toxines.

Amandine Hardowar de Rosnay, responsable de la durabilité et de la croissance inclusive chez Business Mauritius, a insisté sur le fait que les entreprises privées jouent un rôle central dans la résolution de la crise.

Business Mauritius a pour mission de mobiliser le secteur privé régional, de faciliter le dialogue tout au long de la chaîne de valeur — y compris les ports, les sociétés de transport, les hôtels, les opérateurs de déchets et les industriels — et d’identifier des solutions évolutives.

Durant la séance, le consultant international Ralph Connery a décrit les obstacles logistiques et structurels aigus auxquels font face les Petits États Insulaires en Développement (PEID).

Pour illustrer les voies possibles à suivre, Connery a évoqué le partenariat Moana Taka de la région Pacifique.

Établi en 2018, ce dispositif utilise des conteneurs vides sur les navires Swire Shipping pour transporter gratuitement les déchets dangereux et recyclables des îles du Pacifique vers des ports désignés de la région Asie-Pacifique équipés pour un traitement approprié.

Alors que le partenariat pacifique a jusqu’à présent déplacé plus de 100 expéditions, Connery a souligné que l’adaptation d’un schéma régional similaire à l’océan Indien nécessiterait de surmonter des défis complexes concernant le transport maritime, des coûts logistiques élevés, l’assurance et le respect strict des exigences de la Convention de Bâle.

Des retours concrets ont été partagés par trois entreprises mauriciennes qui affrontent ces défis locaux : Cernol (au sein du groupe Taylor Smith) concernant la gestion des produits chimiques ; Ecostril sur les déchets médicaux ; et une présentation complémentaire portant sur la réutilisation et le recyclage des batteries lithium-ion.

Business Mauritius a pour objectif d’exploiter ces enseignements pratiques pour identifier les goulets d’étranglement opérationnels et forger les partenariats nécessaires afin de renforcer les filières d’élimination des déchets dangereux à Maurice comme dans la région élargie de l’océan Indien.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.