Des détenus proposent des pots-de-vin allant jusqu’à Rs 100 000 aux agents pénitentiaires afin de faire entrer des téléphones mobiles dans les établissements correctionnels, a révélé le Commissaire des prisons, Rashid Beekun.
Cette révélation intervient à la suite d’une vidéo enregistrée illicitement dans Yard 1 de la prison centrale de Beau-Bassin, devenue virale vendredi 17 juillet et ayant déclenché une enquête préliminaire menée par le Mauritius Prison Service, accompagnée d’une déclaration officielle déposée auprès du Central Criminal Investigation Department (CCID).
Le téléphone saisi utilisé pour filmer les images a été saisi, sécurisé et remis au CCID pour une extraction complète des données afin d’identifier toutes les personnes impliquées.
Les enquêtes ont confirmé que la séquence a été tournée le 12 avril et mise en ligne dans le but de discréditer les agents pénitentiaires.
Le détenu figurant dans la vidéo, impliqué dans des transactions illicites dans Yard 1, avait déjà été transféré vers un établissement à sécurité renforcée avant la diffusion publique.
DÉTENUS DE HAUT PROFIL ET MARCHÉ DE LA CONTREBANDE
La séquence virale montre plusieurs détenus de haut profil — notamment Gro Derek, Pravesh Cannoo (connu sous le sobriquet « Patché ») et Brad Henrick Julien Ross — en train de manipuler des cigarettes, un briquet, des feuilles à rouler, des comprimés et une substance poudreuse.
En réponse aux spéculations selon lesquelles la poudre serait des drogues illicites, M. Beekun a appelé à la prudence, indiquant que l’analyse est en cours.
L’hypothèse principale examinée est que la substance se composerait de comprimés antibiotiques écrasés, reformés en pâte destinée à être fumée.
L’incident met en lumière un marché noir lucratif au sein du système pénitentiaire :
- Téléphones mobiles : des pots-de-vin pouvant atteindre Rs 100 000 pour accéder à des téléphones. Le service pénitentiaire a récemment détruit près de 1 300 téléphones mobiles saisis entre 2019 et aujourd’hui.
- Cigarettes : une cigarette peut être vendue jusqu’à Rs 1 000 derrière les barreaux. La semaine dernière, des cigarettes ont été découvertes cachées dans les sous-vêtements d’un gardien, et une enquête a révélé qu’un paiement avait été transféré au gardien via l’application de paiement Juice.
Déficits de sécurité et coupures du réseau
La vidéo a été enregistrée dans un angle mort non surveillé par les quelque 1 500 caméras de vidéosurveillance du réseau pénitentiaire.
M. Beekun a reconnu que les détenus recherchent activement les failles du système, soulignant que les méthodes de sécurité sont continuellement adaptées pour combler ces lacunes.
Des brouilleurs de signal sont actuellement installés dans les établissements de Beau-Bassin et de Melrose.
Alors que leur fonctionnement continu soulève régulièrement des plaintes de la part des résidents locaux en raison des perturbations d’Internet et de réseau dans les zones environnantes, M. Beekun a soutenu que les brouilleurs doivent fonctionner 24 heures sur 24, sept jours sur sept afin d’empêcher les communications illicites.
Répression des chefs de réseau
Noyant les affirmations selon lesquelles des détenus de haut profil contrôlent les établissements, le Commissaire a affirmé que l’autorité de transférer les prisonniers ne relève que de son bureau.
Les transferts sont désormais utilisés régulièrement comme outil opérationnel pour démanteler les réseaux d’influence internes.
Le service pénitentiaire maintient une liste confidentielle des « chefs de réseau » surveillés, des sanctions disciplinaires ayant déjà été appliquées dans la grande majorité des cas afin de maintenir le contrôle et d’imposer l’autorité de l’État dans toutes les institutions pénitentiaires.