Le Fonds Monétaire International (FMI) a exhorté Maurice à remédier à des défauts opérationnels persistants dans la mise en œuvre de sa politique monétaire, avertissant qu’une surliquidité structurelle crée un écart entre le taux directeur officiel et les conditions réelles du marché.
Dans un nouveau rapport publié sous le titre « Moderniser la politique monétaire à Maurice : mise en œuvre, analytique et communication à la Banque de Maurice », le prêteur basé à Washington reconnaît les progrès notables réalisés par la Banque de Maurice (BdM).
Cependant, il souligne qu’une meilleure coordination entre les opérations, la prévision analytique et la communication publique est d’une urgence absolue afin de restaurer la crédibilité et d’améliorer la transmission des décisions clés en matière de taux d’intérêt.
Désalignement du taux directeur et surliquidité
Depuis l’adoption d’un régime explicite de ciblage de l’inflation en janvier 2023, Maurice s’est engagée dans une modernisation plus large de son cadre monétaire.
La réforme a clarifié la hiérarchie entre la stabilité des prix, les prévisions d’inflation et l’objectif opérationnel fixé au taux interbancaire au jour le jour, introduisant un seul taux de politique clé — le « Taux Clé ».
Dans le cadre de ce dispositif, la transmission de la politique repose sur un encours de bons du BoM à sept jours émis à taux fixe et assortis d’une allocation complète au Taux Clé. Or, depuis la mi-2023, ces émissions de bons ont été plafonnées selon le FMI.
Ce plafonnement a alimenté une surliquidité persistante dans le système bancaire, poussant le taux interbancaire au jour le jour à se rapprocher du taux de dépôt plutôt que du Taux Clé.
En conséquence, le signal émis par le principal taux de politique a été affaibli, atténuant la transmission des décisions de politique monétaire à travers les taux d’intérêt, maintenant un marché monétaire peu profond et compliquant le développement plus large des marchés de capitaux.
Pour corriger ce décalage, le FMI recommande de rétablir les émissions de bons BoM à sept jours à un taux fixe et avec allocation complète au Taux Clé, tout en tenant compte des conditions existantes de liquidité et en maintenant des communications claires sur les marchés.
Capacités analytiques et prévisionnelles
Le FMI a salué la mise en œuvre par la Banque centrale d’un système moderne de prévision et d’analyse des politiques (FPAS), développé avec l’assistance technique du FMI, comme une étape analytique majeure.
Pour consolider ces progrès, le rapport expose plusieurs priorités en cours :
- Développer davantage les modèles économiques et les outils analytiques complémentaires.
- Assurer la continuité des compétences du personnel au sein de la banque centrale.
- Intégrer les prévisions du FPAS directement dans les communications publiques.
- Publier régulièrement des projections économiques, des analyses de scénarios et des profils de risque afin d’ancrer les attentes d’inflation.
Stratégie de communication institutionnelle
En matière de communications de la banque centrale, le FMI a souligné que les meilleures pratiques internationales exigent une stratégie claire, des calendriers prévisibles, des messages cohérents, un engagement ciblé du public et des évaluations d’impact régulières.
Le Fonds a recommandé que la BdM formalise une stratégie de communication institutionnelle, renforce son unité de communication dans la rédaction des messages de politique, adopte une approche structurée et prospective à travers plusieurs canaux et institue des mécanismes de suivi pour évaluer l’efficacité de la communication.
Alignement des trois piliers
Dans son évaluation finale, le FMI a noté que Maurice dispose désormais des éléments fondamentaux d’un régime moderne de ciblage de l’inflation ; l’étape cruciale suivante consiste à obtenir une cohérence totale entre ses trois piliers centraux : l’exécution de la politique monétaire, les prévisions analytiques et la communication institutionnelle.
Le FMI conclut qu’une mise en œuvre opérationnelle complète, une utilisation plus large du FPAS au niveau institutionnel et des communications prospectives renforceront le rôle signal du Taux Clé, ancreront les attentes en matière d’inflation et préserveront la crédibilité de la politique monétaire face à l’incertitude économique mondiale persistante.