Île Maurice enregistre 731 cas d’armes blanches face à des tensions sociales croissantes

23 juillet 2026

Au total, 731 incidents impliquant des armes tranchantes ont été enregistrés par la police à Maurice entre le 1er janvier 2021 et le 15 juillet 2026, laissant 697 personnes blessées et 40 mortes, chiffres révélés au Parlement.

Par ailleurs, 65 affaires de port d’une arme offensive ont été établies au cours de la même période. Ces chiffres ont été divulgués par le Premier ministre Navin Ramgoolam en réponse à une question parlementaire posée par le député Farhad Aumeer, ce qui a amené des experts à s’interroger sur les raisons pour lesquelles la violence par armes blanches persiste malgré des sanctions pénales sévères.

Cadre juridique sévère déjà en place

Maurice dispose déjà d’un cadre législatif strict. La fabrication, la vente, la détention et le port d’armes offensives — notamment les poignards, les baïonnettes, les couteaux de type poignard, les cannes-épées et autres objets tranchants ou pointus — relèvent du Code pénal et de la Loi complémentaire du Code criminel.

Selon l’infraction commise, les contrevenants encourent des peines allant de :

  • Jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et des amendes pouvant aller jusqu’à 25 000 roupies pour les délits graves impliquant des armes offensives.
  • Jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et des amendes allant jusqu’à 100 000 roupies pour le port d’une arme offensive en lieu public sans autorité légale ou justification raisonnable.

Malgré ces mesures dissuasives, les experts soutiennent que l’application stricte des lois à elle seule ne peut résoudre le problème.

Disponibilité quotidienne déclenchant des actes impulsifs

La criminologue Ashitah Rogbeer a souligné que, contrairement aux armes à feu, soumises à une réglementation stricte par le biais de la Loi sur les armes à feu, les objets tranchants tels que couteaux et machettes font partie des outils du quotidien et se retrouvent dans les cuisines, l’agriculture et les lieux de travail.

« Il existe une législation concernant les armes à feu, mais pas concernant les armes tranchantes… Lorsqu’un conflit familial ou un règlement de comptes éclate, l’agresseur se tourne naturellement vers ce qui est à portée de main, qu’il s’agisse d’une machette ou d’un couteau », a déclaré Rogbeer.

Étant donné qu’il n’existe pas de distance physique entre l’agresseur et ces outils facilement accessibles, la violence se révèle souvent sous forme d’actes impulsifs lorsque des disputes domestiques ou des querelles quotidiennes s’accentuent, plutôt que d’être préméditée.

Tensions sociales plus profondes et impact psychologique

Le sociologue Rajen Suntoo a noté que les attaques au moyen d’armes tranchantes reflètent des tensions familiales, sociales et économiques plus profondes.

« Les conflits ne se résolvent plus par le dialogue, mais par des coups et des attaques », a déclaré Suntoo, pointant des facteurs contributifs tels que le trafic de drogue, la précarité, les difficultés liées au coût de la vie et les frustrations quotidiennes.

Suntoo a ajouté que les couteaux portent un impact psychologique distinct, soulignant que les 40 décès survenus en cinq années témoignent d’un niveau d’escalade profondément inquiétant.

Il a souligné que cette violence ne se limite plus à une certaine classe sociale, touchant à la fois les couches aisées et les groupes à revenu plus modeste, tandis qu’un recul du respect pour l’autorité complique le travail des forces de l’ordre.

Limites du système pénal et appel à la prévention

L’avocat Dev Ramano a souligné que, malgré l’existence de lois strictes comme la Firearms Act et la Offensive Weapons Act, des peines sévères ne parviennent pas à prévenir les crimes commis avec des couteaux, des sabres ou d’autres armes tranchantes, car le système judiciaire n’intervient qu’après que le crime a été commis.

Ramano a averti que Maurice traverse une crise sociétale marquée par le trafic de drogue, des guerres de gangs et des disputes domestiques au sein des familles.

« Si nous voulons inverser cette tendance, nous devons agir bien avant que les individus ne commettent ces actes », a insisté Ramano, plaidant pour un changement d’approche axé sur la prévention, l’éducation de masse et un changement social large plutôt que sur un durcissement législatif supplémentaire.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.