Île Maurice a obtenu un avantage commercial significatif en étant exonérée d’un droit d’importation additionnel de 10 % proposé par les États‑Unis dans le cadre de l’article 301 de leur Loi sur le commerce. Cette mesure confère aux exportateurs locaux un avantage compétitif face aux grands rivaux internationaux, bien que les responsables de l’industrie préviennent que des coûts intérieurs élevés et des obstacles logistiques pourraient éroder cet avantage.
Les États‑Unis représentent un marché stratégique pour l’île Maurice, absorbant environ 11 % de l’ensemble des exportations de marchandises de l’île, pour une valeur approchant les Rs 8 milliards en 2025.
Selon l’Association mauricienne des exportateurs (MEXA), l’exemption place les exportateurs locaux dans une position nettement favorable alors que les grands producteurs textiles font face à de nouvelles majorations de droits commerciaux américains.
Des rivaux tels que le Vietnam et la Chine se voient appliquer des droits supplémentaires de 12,5 %, tandis que le Bangladesh et l’Inde font face à des tarifs de 10 %, sous réserve des exemptions de produits applicables.
Certaines marchandises mauriciennes continuent également de bénéficier d’un accès en franchise de droits dans le cadre de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), dont la prolongation actuelle se poursuit jusqu’en décembre 2026.
Fenêtre d’opportunité
Les ministres du gouvernement et les acteurs du secteur privé conviennent que la priorité est de transformer cet allégement tarifaire en gains commerciaux concrets.
Le ministre du Développement industriel, Aadil Ameer Meea, a décrit cette décision comme une opportunité pour le secteur manufacturier de consolider les commandes, d’attirer de nouveaux acheteurs américains et de renforcer la position de Maurice en tant que pôle de production fiable et traçable, respectant les normes internationales.
Partageant ces points de vue, Sunil Boodhoo, ancien directeur du commerce international au Ministère des Affaires étrangères, a souligné que si les concurrents encourent des droits jusqu’à 12,5 %, les biens mauriciens entrent en franchise de droits.
Il a exhorté le pays à regarder au‑delà du textile—son exportation principale—pour augmenter les expéditions de thon, de produits optiques, de maroquinerie et de bijoux.
Cependant, Boodhoo a averti que cet avantage nécessite une stratégie commerciale plus agressive, appelant des organismes comme MEXA à intensifier leurs efforts de promotion auprès des acheteurs américains qui pourraient ignorer l’exemption.
Il a également souligné que cette période représente une fenêtre étroite, appelant à une action soutenue de lobbying gouvernemental aux côtés d’autres nations africaines afin d’obtenir une prolongation à long terme de l’AGOA au‑delà de son expiration en décembre 2026.
La ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, a confirmé que des représentations ont été faites auprès des autorités américaines et du Bureau du Représentant américain au Commerce (USTR) afin de préserver les dispositions relatives au tissu de pays tiers (Third Country Fabric), dans l’espoir d’un résultat favorable avant les élections de mi‑mandat américaines.
Coûts totaux et défis de compétitivité
Malgré cet allégement tarifaire, les représentants du secteur avertissent que les exonérations fiscales à elles seules ne garantissent pas le succès commercial.
Afzal Delbar, président de l’Association des courtiers en douane (CHBA), a noté que la suppression de la surtaxe rend les biens conformes aux règles d’origine plus attractifs, mais les acheteurs se concentrent sur le coût total livré, y compris le fret et la logistique.
Il a averti que les coûts élevés de fabrication domestique—soumis à la main-d’œuvre, à l’électricité, aux licences et aux frais généraux des activités—pourraient compenser l’avantage de 10 % face à des nations à faible coût comme le Vietnam, le Bangladesh et le Cambodge.
Le dirigeant d’entreprise et observateur économique François de Grivel a souligné que la décision est positive pour les secteurs textiles comme non textiles — y compris les fruits de mer, les biens manufacturés et les primates — et pourrait aider des clients américains à élargir leurs commandes au cours des six à douze prochains mois.
Cependant, de Grivel a pointé des contraintes importantes, notamment la distance géographique et la hausse des tarifs de fret, aggravées par les tensions persistantes au Moyen‑Orient.
Il a ajouté que des normes de qualité et des exigences réglementaires américaines strictes présentent des défis, parallèlement à la hausse des coûts des services publics et des prestations locales.
Néanmoins, de Grivel a soutenu que les États‑Unis demeurent un marché stratégique, soulignant que la compétitivité dépend non seulement du prix, mais aussi de la qualité, de la fiabilité et des délais de livraison—des domaines dans lesquels Maurice demeure bien positionné.