Île Maurice signe un accord de dessalement avec le Maroc pour faire face à un stress hydrique sévère d’ici 2050

7 juillet 2026

L’île Maurice est sur le point de signer un accord stratégique de coopération dans le domaine de l’eau avec le Maroc afin de développer des technologies de dessalement de l’eau de mer et de sécuriser l’approvisionnement en eau de l’île jusqu’en 2050 face à l’aggravation de la pression climatique.

Le Conseil des ministres a approuvé, vendredi 3 juillet, un protocole d’entente (MoU), marquant un tournant politique majeur pour Maurice, qui dépend traditionnellement des barrages, des rivières et des nappes phréatiques.

Alors que plusieurs régions souffrent actuellement d’approvisionnements irréguliers et dépendent des camions-citerne de la Central Water Authority (CWA), le gouvernement accélère les plans d’intégration du dessalement au cadre national.

« Que cela nous plaise ou non, le projet de dessalement deviendra une réalité », a déclaré Shiam Thanoo, directeur général de la CWA.

Il a averti que les capacités actuelles des réservoirs finiront par ne pas suffire à répondre à la demande, alimentée par la croissance démographique, le développement économique, l’augmentation du nombre de touristes et le plan Vision 2050 du gouvernement.

Un cadre global

Le partenariat cherche à tirer parti de l’expertise considérable du Maroc, où le dessalement est devenu un pilier de la politique de l’eau en raison de nombreuses années de stress hydrique sévère.

L’accord couvrira :

  • Gestion intégrée des ressources en eau et conservation de l’eau.
  • Des stratégies de maîtrise de la demande.
  • L’étude, la conception, la construction et l’exploitation d’installations de dessalement.
  • Le développement des ressources en eau non conventionnelles et le traitement des eaux usées.
  • Gestion et réutilisation des boues.
  • Échange d’expertises et stratégies d’adaptation au changement climatique.
  • Le développement d’infrastructures hydrauliques durables.

Surmonter les coûts et la topographie

Alors que le dessalement a longtemps été jugé prohibitivement coûteux, M. Thanoo a souligné que les avancées technologiques diminuent les contraintes financières.

Les unités modulaires et mobiles sont désormais des options viables, et plusieurs hôtels mauriciens exploitent déjà des installations privées.

Cependant, une étude de faisabilité formelle déterminera la viabilité économique et le modèle opérationnel optimal pour un projet national.

La topographie représente un autre obstacle. « Il serait illogique d’extraire l’eau de mer, de la traiter, puis de la distribuer vers le plateau central », a expliqué M. Thanoo.

En conséquence, la CWA prévoit de privilégier la distribution vers les zones côtières, ce qui exigera une adaptation progressive du réseau de distribution.

La prochaine étude évaluera si l’eau dessalinisée doit être injectée directement dans le réseau existant ou stockée dans des réservoirs de stockage spécifiques.

Les préoccupations environnementales, en particulier l’élimination de la saumure, seront également abordées par le biais du partenariat avec le Maroc.

La collaboration examinera des moyens de limiter l’impact sur les écosystèmes marins, y compris l’utilisation de systèmes hybrides pour garantir une dose équilibrée avant le rejet de la saumure dans la mer.

Aucun « remède miracle »

M. Thanoo a comparé l’intégration du dessalement à celle des stations CPF existantes de la CWA, qui pompent l’eau des rivières, la traitent au chlore et l’injectent directement dans le réseau.

Pourtant, il a souligné que le dessalement n’est pas une solution miracle et doit faire partie d’une stratégie plus large et multifacette.

Il a plaidé pour l’extension des capacités de stockage via de nouveaux barrages et réservoirs, la réduction des fuites dans le réseau de distribution, le développement de ressources non conventionnelles et le recyclage des eaux usées pour l’irrigation — ce dernier devant figurer dans un futur « Plan Marshall » pour le secteur de l’eau.

Il a également suggéré que Maurice s’inspire de Rodrigues en matière de collecte des eaux de pluie.

En parallèle avec le secteur de l’énergie, M. Thanoo a souligné comment le stockage par batterie pour l’énergie solaire est passé d’une option économiquement inaccessible à une réalité répandue pour les particuliers.

« Nous devons être tournés vers l’avenir et proactifs en matière d’eau également », a-t-il insisté, concluant que même si le dessalement ne remplacera pas les barrages, il doit devenir une composante permanente de la stratégie de résilience climatique de Maurice.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.