Les importateurs de denrées alimentaires et les transitaires de fret ont exprimé leurs préoccupations face à une nouvelle redevance de 1 000 Rs par autorisation de dédouanement imposée sur les envois alimentaires entrant dans le pays.
Les opérateurs du secteur avertissent que cette mesure—mise en place le 12 octobre 2026—pourrait entraîner une augmentation des prix à la consommation, des retards administratifs et une pression financière sur les petites entreprises à l’approche de la période de pointe des achats de Noël et du Nouvel An.
La redevance, introduite par le Ministère de la Santé et du Bien-être en vertu du Règlement 28(2)(c) des Règlements sur l’Alimentation 2024, s’applique à toutes les autorisations de dédouanement pour les cargaisons alimentaires arrivant par les ports maritimes et les aéroports.
Les autorités affirment que mesure vise à renforcer les contrôles sur les produits alimentaires importés et à améliorer la traçabilité entre les importateurs.
Les paiements sont exigés par autorisation de dédouanement et peuvent être effectués aux guichets de la Mauritius Revenue Authority (MRA) dans les zones portuaires et aéroportuaires, à son siège à Port-Louis, ou au bureau de caisse du Ministère de la Santé à Ébène.
Impact sur le prix à la consommation et réaction de l’industrie
À l’approche de la période cruciale des fêtes, les opérateurs commerciaux remettent en question les retombées financières et opérationnelles de la réglementation.
Pritam Dabydoyal, directeur de l’importateur spécialisé dans l’alimentaire P&P International, a averti que les consommateurs finiront par payer les frais.
« Cette nouvelle taxe aura sans aucun doute un impact majeur sur les opérations des importateurs », a déclaré M. Dabydoyal. « À long terme, cette mesure influencera les prix. En fin de compte, ce sont les consommateurs qui supporteront ce coût supplémentaire ».
Kevin Carpenen, président de l’Association Professionnelle des Transitaires (APT), a expliqué que les entreprises font face à trois choix : répercuter le coût sur les prix de détail, l’absorber dans les marges bénéficiaires ou optimiser les opérations d’importation.
Il a noté que les entreprises qui effectuent des importations fréquentes de petites quantités seraient les plus touchées par rapport à celles qui consolidant de plus gros volumes en une seule déclaration.
En revanche, Christopher Lim, directeur financier de Esko & Co. Ltd, a déclaré que son entreprise ne prévoit pas d’augmenter les prix de détail directement en conséquence.
« Son impact demeure marginal par rapport à d’autres facteurs qui influent réellement sur nos coûts », a déclaré M. Lim, notant que la fluidité opérationnelle et des délais de dédouanement prévisibles demeurent la principale préoccupation de son entreprise.
Fardeau important pour les petites entreprises et les envois express
Les leaders de l’industrie ont souligné que les 1 000 Rs sont dus pour chaque déclaration approuvée et non comme une taxe annuelle forfaitaire.
M. Carpenen a insisté sur le fait que, bien que 1 000 Rs puisse sembler minime par rapport à des cargaisons de grande valeur, cette somme s’accumule rapidement pour les importateurs réguliers, érodant les marges, augmentant les coûts fixes et pesant sur la trésorerie des Petites et Moyennes Entreprises (PME).
La redevance affecte de manière disproportionnée les petits colis de fret alimentaire :
- Pour un envoi de messagerie d’une valeur de Rs 2 500, la redevance de Rs 1 000 représente 40% de la valeur totale de l’article.
- Pour un envoi d’une valeur de Rs 5 000, la redevance représente 20% de la valeur.
Pour atténuer les coûts, certaines PME pourraient tenter de regrouper les commandes, à condition de disposer d’une capacité de stockage suffisante et d’une flexibilité en termes de durée de vie des produits.
Retards opérationnels et obstacles bureaucratiques
Au-delà des coûts financiers, les transitaires et les importateurs s’inquiètent profondément des goulets d’étranglement potentiels aux douanes. Les options de paiement en dehors des heures habituelles posent des défis logistiques immédiats.
Par exemple, si une déclaration de dédouanement est approuvée un samedi à midi ou après, l’importateur doit attendre jusqu’au lundi matin pour payer les Rs 1 000, obtenir un reçu physique et revenir récupérer les marchandises. De tels retards menacent la gestion de la chaîne d’approvisionnement pendant les périodes de forte demande.
M. Lim a ajouté que les procédures administratives semblent ralentir le dédouanement plutôt que d’améliorer l’efficacité, compliquant la planification à l’avance et la gestion des stocks avant les fêtes.
Contexte clé : le projet de loi sur l’importation alimentaire en chiffres
Selon les données de Statistics Mauritius, la nouvelle redevance s’inscrit dans un contexte de forte dépendance nationale vis-à-vis des approvisionnements alimentaires étrangers :
| Indicateur clé | Chiffre / Pourcentage | Détails |
| Dépendance aux importations | 70% | Part des besoins nationaux en alimentation couverte par les importations. |
| Facture mensuelle d’importations | Rs 5,1 milliards | Dépense mensuelle moyenne pour les importations alimentaires. |
| Facture annuelle d’importations | Rs 61,34 milliards à Rs 70 milliards | Coût annuel total des denrées alimentaires importées et des animaux vivants. |
| Part des marchandises totales | ≈ 20% | Part des importations alimentaires par rapport à l’ensemble des biens entrant dans le territoire. |
| augmentation du coût sur 6 ans | +71,2% | Hausse de la facture d’importation alimentaire passant de Rs 35,82 milliards (2019) à plus de Rs 61,3 milliards, tirée par les coûts de fret, l’inflation mondiale et la dépréciation de la devise. |
Alors que la saison des achats des fêtes démarre, l’étendue dans laquelle les entreprises peuvent absorber ce nouveau coût réglementaire — et combien sera répercuté sur les consommateurs ordinaires — reste à voir.