La chronologie révèle une transaction immobilière de 35 millions de roupies lancée plusieurs mois avant les élections

31 août 2026

Le promoteur immobilier Kensons Hotel Ltd a publié un communiqué de presse officiel afin de clarifier les faits concernant la vende controversée de 35 millions de roupies pour un appartement de luxe Bain-Bœuf vendu au ministre Shakeel Mohamed et à son épouse, en affirmant que l’accord contraignant et les paiements initiaux précédaient sa nomination au gouvernement.

La société a publié sa réponse détaillée à la presse, y compris l’équipe éditoriale de Week-End, le 25 août 2026.

La déclaration survient dans un contexte de contrôle public croissant sur les titres fonciers, les permis et les liens politiques de l’entreprise.

Selon le promoteur, les négociations pour le Lot N° A3 — une propriété résidentielle de deux niveaux couvrant 195,59 mètres carrés — ont débuté vers la mi-2024, bien avant les dernières élections générales et avant que M. Mohamed n’occupait quelque portefeuille ministériel.

Un accord préliminaire (compromis de vente) a été signé officiellement le 16 août 2024 devant le notaire Me Dharamraj Pentiah.

Kensons Hotel Ltd a révélé que les paiements initiaux ont commencé dès août 2024, les fonds ayant été versés directement au vendeur et sur le compte du notaire.

La société a déclaré que le prix d’achat total a été réglé intégralement par des virements bancaires, sans paiements non enregistrés ou en espèces.

Selon la loi mauricienne, les transactions en espèces dépassant 500 000 MUR sont illégales en vertu de l’article 37 de la Loi sur la Commission des crimes financiers.

Des analyses juridiques précisent que, bien que la dépendance exclusive aux virements bancaires — si elle est confirmée par les relevés bancaires et les comptes du notaire — exclue les paiements en espèces illégaux, cela n’établit pas à lui seul l’origine économique des fonds ni ne prouve la pleine conformité légale de tous les aspects de la transaction.

L’acte notarié final de vente a été exécuté le 12 décembre 2024, ce que le promoteur affirme n’avoir fait que formaliser l’accord conclu quatre mois plus tôt.

L’acte a ensuite été enregistré et transcrit par le Département du Registraire Général.

« Le Registraire Général n’aurait pas enregistré la transaction s’il n’avait pas respecté la loi », a argué Zoobair Timol, directeur de Kensons Hotel Ltd, qui a déclaré que l’enregistrement public sert de confirmation formelle de la légalité.

Cependant, les experts juridiques nuancent cette assertion, notant que, même si l’enregistrement par le Registraire Général crée une forte présomption de régularité et sert de dépôt public, il agit principalement pour la conservation et la publicité.

Il ne s’agit pas d’un verdict judiciaire écartant d’éventuelles fraudes, fausses déclarations, sous-évaluations ou atteintes externes à des dispositions légales, et il n’exclut pas une enquête future si apparaissent des preuves sérieuses.

Le communiqué a également abordé le tenure foncier de Kensons Hotel Ltd. L’entreprise détient trois parcelles, dont l’une est occupée sous un bail d’État accordé avant 2009.

La société a insisté sur le fait que son actionnaire actuel n’était pas impliqué lors de l’octroi initial du bail, ayant acquis les actions de l’ancien propriétaire en 2009.

Légalement, lorsque des actions d’une société sont achetées, les actifs et les contrats demeurent détenus par l’entité morale (Kensons Hotel Ltd) plutôt que d’être transférés comme des actifs individuels.

Néanmoins, des experts juridiques soulignent que déterminer une régularité complète nécessite d’examiner le bail d’origine afin de vérifier s’il contient des clauses explicites requérant une autorisation de l’État en cas de changement de propriété ou de contrôle de la société en vertu de la State Lands Act.

Kensons Hotel Ltd a déclaré n’avoir jamais reçu de nouvelle attribution foncière du Ministère du Logement et des Terres et détenir un permis valide de Construction et d’Utilisation du Sol délivré par l’autorité locale compétente.

En matière d’éthique politique, la chronologie des négociations réduit la probabilité qu’un avantage soit directement accordé en échange d’un acte ministériel au moment de l’achat.

Cependant, les règles de transparence en vertu de la Déclaration d’Actifs exigent que les membres de l’Assemblée nationale déclarent les biens immobiliers, y compris les propriétés achetées mais pas encore enregistrées, ainsi que les actifs détenus par les conjoints et les enfants mineurs.

Le calendrier des déclarations relève de l’acheteur et de la Financial Crimes Commission (FCC) — l’agence chargée de recevoir les déclarations d’actifs — qui a récemment récupéré le dossier pertinent suite à des remarques publiques de M. Mohamed.

En vertu des Sections 22 et 29 de la Financial Crimes Commission Act, un conflit d’intérêts pénal ou un abus de fonctions exige la preuve qu’un fonctionnaire public a utilisé son poste pour accorder un avantage ou a participé à une décision dans laquelle il avait un intérêt personnel.

À ce jour, aucune décision ministérielle postérieure à l’achat en faveur de Kensons Hotel Ltd n’a été identifiée.

Le promoteur a également réfuté les tentatives dans les médias visant à relier la société ou son actionnaire à l’affaire « Jardin du Cap » de 2012, suite à une Private Notice Question au Parlement cette année-là.

Kensons Hotel Ltd a précisé que « Jardin du Cap » relevait d’un tout autre développement, mené par un promoteur différent, sans aucun lien avec sa société, ses propriétés ou son actionnaire.

Une enquête de trois ans menée par l’ Mauritius Revenue Authority (MRA), l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et le Central CID s’est conclue par une recommandation du Directeur des Prosecutions (DPP) de « No Further Action » le 16 juin 2015, une position confirmée par écrit le 24 mars 2022.

Alors qu’une décision de « No Further Action » indique que le DPP n’a pas identifié de perspective réaliste de condamnation sur la base des preuves disponibles, l’analyse juridique souligne que cela ne constitue pas l’équivalent légal d’un acquittement judiciaire après procès, et ne garantit pas une immunité absolue pour les affaires futures.

Enfin, Kensons Hotel Ltd a fermement rejeté les reports de Week-End cherchant à relier l’entreprise, son actionnaire, et les avocats Shakeel Mohamed et Zakir Mohamed à la liquidation de « Centrepoint ». Le promoteur a exposé les corrections factuelles clés :

  • Comaprim, la société initiale derrière Centrepoint, a été placée sous administration volontaire et mise en liquidation avant que les liquidateurs ne vendent le bien à un tiers dans le cadre d’un processus impliquant PwC.
  • Me Zakir Mohamed a représenté la société acquéreuse de l’autre côté de la transaction par rapport à l’ancien propriétaire, M. Timol, et n’a jamais représenté M. Timol ni ses sociétés associées.
  • Me Shakeel Mohamed n’a jamais représenté, conseillé ni agi pour M. Timol ou ses sociétés à aucun moment.
  • M. Timol ne détient aucun intérêt direct ou indirect dans les nouveaux propriétaires de Centrepoint, ni avec eux.

Accusant les organes de presse de mauvaise foi, de présentation sélective des documents et de ne pas avoir recherché sa version avant publication, Kensons Hotel Ltd a confirmé avoir déposé une plainte officielle auprès de l’unité Cybercrime du CCID pour dénonciation fausse et malveillante, tout en se réservant le droit d’intenter des actions civiles ou pénales.

Dans une note des rédacteurs (NDLR), Week-End a déclaré avoir supprimé certaines remarques diffamatoires du texte publié et a souligné que les accusations de la société contre la presse représentent les allégations exclusives du promoteur plutôt que des faits vérifiés de manière indépendante.

Les experts juridiques concluent que, bien qu’aucune illégalité manifeste ne puisse être établie au vu du communiqué, une vérification indépendante des documents clés — y compris le bail d’État original, les permis, les virements bancaires et les déclarations d’actifs — demeure nécessaire avant de clore l’affaire.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.