Une flambée des signalements de harcèlement scolaire et de violence à Maurice met en évidence une crise qui perdure dans les classes à travers l’île. Toutefois, les autorités et les syndicats soulignent un virage majeur et positif: les élèves prennent de plus en plus la parole pour dénoncer les abus, rompant ainsi avec l’ancienne « loi du silence ».
Les derniers rapports tombent bien au cœur du troisième trimestre, et s’illustrent par une série d’incidents retentissants dans plusieurs établissements:
- Allégation Bon-Accueil: Une fille de 10 ans, accompagnée de son père, a déposé une déclaration officielle à la brigade de Brisée-Verdière, l’accusant d’avoir été frappée à deux reprises dans le dos avec un livre et giflée près de l’œil gauche lors d’un cours de mathématiques, après qu’elle n’eut pas répondu à une question. L’enfant affirme que l’enseignant l’encourageait à rester silencieuse, ce qui l’aurait conduite, dans un premier temps, à dire à son père qu’elle avait heurté une table. L’affaire est désormais examinée conjointement par la police et le ministère de l’Éducation.
- Assaut à Plaines-Wilhems: Un élève a été agressé dans les toilettes d’un lycée renommé de la partie supérieure de la région Plaines-Wilhems.
- Intimidation au Collège Académique: Un adolescent masculin a officiellement signalé des actes d’intimidation répétés au sein d’un collège académique.
En réponse au cas Bon-Accueil, Vishal Baujeet, président du Syndicat des Enseignants du Gouvernement, a appelé à la prudence :
« Une enquête est en cours et nous laissons les autorités compétentes mener les suivis nécessaires.
Nous attendons les conclusions avant d’adopter une position.» Les accusations restent non prouvées, et l’enseignant bénéficie de la présomption d’innocence.
Signalement accru et intervention précoce
Malgré la violence physique et psychologique persistante, les responsables du ministère de l’Éducation notent que les efforts préventifs portent leurs fruits.
Au cours de l’année écoulée, les victimes, les témoins et même les auteurs cherchant de l’aide n’hésitent plus à s’adresser directement aux enseignants, aux chefs d’établissement, aux psychologues scolaires et au personnel du ministère.
Des interventions régulières des psychologues scolaires ont encouragé de nombreux élèves à solliciter du soutien à la suite des séances de sensibilisation.
De plus, des ateliers standardisés destinés au personnel enseignant et non enseignant ont contribué à uniformiser la manière dont les écoles détectent les situations à risque et gèrent les cas.
Les syndicats réclament des mesures au-delà de la sensibilisation
Les syndicats estiment que les campagnes de sensibilisation, à elles seules, ne suffisent pas à lutter contre des problématiques profondément enracinées.
Arvind Bhojun, président de l’Union des employés de l’enseignement secondaire privé (UPSEE), a reconnu que, bien que le problème soit largement reconnu, l’impact des interventions doit être mesuré de manière rigoureuse :
« Nous sommes tous d’accord, même au ministère, qu’il existe des problèmes de harcèlement dans les écoles. La question est de savoir si les mesures prises entraînent réellement un changement positif. »
Faisant référence aux Rs 10 millions alloués dans le dernier budget pour une campagne nationale de lutte contre le harcèlement, Bhojun a insisté sur le fait que les enseignants ne peuvent pas gérer seuls les traumatismes complexes des élèves :
« La sensibilisation est importante, mais il nous faut quelque chose de plus visible… Nous ne pouvons pas demander à un enseignant qui n’a pas été formé à la psychologie ou à la psychiatrie de résoudre des situations qui sont parfois liées à des traumatismes familiaux ou sociaux. »
Initiatives de réforme : Section Leaders et éducation plutôt que suspension
Pour renforcer le soutien aux élèves, le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a instauré dans les lycées publics des Section Leaders — un système emprunté aux écoles privées où un enseignant dédié supervise la discipline et le bien-être de chaque groupe d’âge d’une année donnée. L’UPSEE a soutenu cette mesure, à condition que ces enseignants bénéficient d’une formation continue et d’une charge d’enseignement réduite afin de mieux gérer les enjeux psychologiques complexes.
Parallèlement, le ministère réévalue ses politiques disciplinaires :
- Repense des suspensions : Les suspensions actuelles de cinq jours sont en cours de réexamen, les sources du ministère reconnaissant que pour certains élèves, les suspensions ne se réduisent qu’à des « cinq jours de congé ».
- Sanctions éducatives : Des plans sont en cours pour remplacer les suspensions ordinaires par des mesures réparatrices, telles que des services communautaires et une implication encadrée des parents.
- Facteurs familiaux et sociaux : Les responsables soulignent que de nombreux agresseurs sont eux-mêmes victimes d’un milieu familial marqué par la violence, les drogues ou l’alcool, ce qui nécessite une médiation et un soutien psychologique tant pour la victime que pour la famille de l’auteur des faits.
Santé mentale intégrée à la stratégie scolaire
Le ministre Gungapersad a récemment annoncé le renforcement des campagnes de prévention en partenariat direct avec le ministère de la Santé. Des équipes médicales se rendront régulièrement dans les écoles pour soutenir les élèves et le personnel, le département Santé et Bien-être du ministère jouant un rôle central.
« Le harcèlement, la violence et les problèmes de santé mentale sont liés. Nous vivons dans une société où les enfants ainsi que les familles subissent des niveaux de pression élevés, ce qui peut conduire à l’épuisement ou à des comportements violents », a déclaré le ministre Gungapersad.
Pour les dirigeants syndicaux comme pour les autorités éducatives, l’objectif ultime demeure de transformer cette nouvelle ère de signalement ouvert en une sécurité durable et en un changement systémique au sein des écoles mauriciennes.