L’île Maurice figure au dixième rang des pays les plus chers d’Afrique et à la 96e place mondiale, selon l’Index du coût de la vie de mi-année 2026 établi par Numbeo, alors que les associations locales de défense des consommateurs multiplient les avertissements sur la pression inflationniste qui pèse sur les ménages.
L’État insulaire de l’océan Indien affichait un score de coût de la vie de 38,3 points. Les Seychelles dominaient le classement africain avec 64,5 points, suivies de la République démocratique du Congo (50,2 points), du Sénégal (48,5 points) et du Cap-Vert (46,3 points).
Maurice se place juste derrière le Cameroun (40,7 points) et devant l’Afrique du Sud (37,1 points).
Sur le pouvoir d’achat local, Numbeo classe Maurice à la cinquième place en Afrique avec un score de 55,1 points, derrière l’Angola, l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie. À l’échelle mondiale, les Bermudes affichent l’indice de coût de la vie le plus élevé à 135,8 points, suivis des îles Caïmans (115,6 points), des Îles Vierges américaines (111,3 points) et de la Suisse (110,7 points).
Les prix à la consommation mensuels poursuivent leur tendance haussière
Cette position dans le classement coïncide avec des données officielles publiées en août par Statistics Mauritius, qui montrent que l’Indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 0,6 % sur un mois, passant de 112,2 points en juin à 112,9 points en juillet 2026.
L’inflation sur un an s’établissait à 4,4 % en juillet 2026, en baisse par rapport à 5,2 % mesurés en juillet 2025. Toutefois, l’inflation moyenne annuelle sur les 12 mois se terminant en juillet 2026 atteignait 4,0 %, contre 3,1 % lors de la période précédente.
La hausse mensuelle des prix a été menée par l’alcool et le tabac, qui ont augmenté de 3,9 %, les cigarettes apportant la plus forte contribution individuelle à l’indice (+0,3 point), accompagnées du rhum et du whisky (+0,1 point chacun). Parmi les autres augmentations mensuelles notables figuraient :
- Santé : +0,8 %
- Restauration et hôtels : +0,6 %
- Services d’éducation : +0,5 %
- Vêtements et chaussures : +0,4 %
- Aliments et boissons non alcoolisées : +0,3 % (les boissons gazeuses ajoutant +0,1 point ; les autres produits alimentaires ajoutant +0,2 points)
- Ameublement, matériel ménager et entretien : +0,3 %
- Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles : +0,1 %
- Assurance et services financiers : +0,1 %
Les prix ont cependant évolué de manière plate dans les domaines des transports, des services d’information et de communication, ainsi que des activités de loisirs, du sport et de la culture.
À l’inverse, les postes liés aux soins personnels, à la protection sociale et à des biens divers ont reculé de 0,4 %, tandis que le poisson en conserve et les légumes ont chacun apporté une contribution négative de -0,1 point à l’indice.
Alerte des champions de la consommation face à l’étau budgétaire des ménages
Les responsables des droits des consommateurs ont exprimé de vives inquiétudes face à la réalité quotidienne des habitants, avertissant que les chiffres globaux ne reflètent pas la pression exercée sur les budgets des ménages.
Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la Protection de l’Environnement et des Consommateurs (APEC), décrit le coût de la vie comme une « urgence économique et sociale réelle ».
« Affirmer que l’inflation ralentit n’implique nullement que les prix baissent », remarque M. Tengur. « Après plusieurs années de hausses successives, les prix se maintiennent à des niveaux élevés alors que les revenus de nombreuses familles n’augmentent pas au même rythme. Le panier du consommateur demeure lourd, même lorsque le taux d’inflation diminue. »
Claude Canabady, secrétaire de l’Association des Consommateurs (CEA), a souligné que les revenus et les pensions ne parviennent pas à suivre les augmentations annuelles des prix.
M. Canabady a mis en garde sur le fait que la dépendance élevée du pays vis-à-vis des importations pourrait aggraver la situation et a critiqué les structures du marché intérieur :
« Les coûts des importateurs augmentent trop souvent et ils les répercutent pratiquement sur les consommateurs », a déclaré M. Canabady. « La situation géopolitique n’aide pas, et avec les hausses des prix du carburant, la situation se dégrade. Je constate qu’il manque de concurrence; il y a trop de monopoles et d’oligopoles. » Il a appelé à l’introduction d’importations parallèles afin de faire baisser les prix de détail.
Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des Consommateurs de l’Île Maurice (ACIM), a souligné l’ampleur inégale du coût sur les plans sociaux et économiques :
« Ceux qui occupent les échelons supérieurs s’en sortent relativement bien, alors que ceux qui sont au bas de l’échelle, avec des revenus plus modestes, souffrent ». Il a ajouté que si la classe moyenne est aussi comprimée, les ménages les plus modestes portent le fardeau le plus lourd.
Facteurs externes et subventions publiques
Les associations de défense des consommateurs ont insisté sur le fait que des chocs externes — notamment des conflits géopolitiques, en particulier au Moyen-Orient — s’ajoutent aux pressions internes par le biais de coûts de fret plus élevés, de matières premières plus coûteuses, d’une roupie dépréciée et de fluctuations des prix mondiaux des matières premières.
Cela se combine avec des charges domestiques telles que l’électricité, le carburant, le logement, le transport et les produits alimentaires essentiels, contraignant les familles à faible et moyen revenu à faire des choix difficiles entre les biens indispensables, l’éducation et l’apurement de dettes.
Pour faire face à cela, les autorités publiques ont tenté d’amortir le choc par le biais de subventions sur les produits de première nécessité.
Selon le rapport Monitoring of Prices of Essential Commodities & Impact Analysis, publié en juillet par le ministère du Commerce et de la Protection des Consommateurs, des baisses de prix ont été enregistrées au mois de juillet pour plusieurs articles subventionnés par l’État, notamment :
- Conserves de thon
- Légumes et légumineuses
- Aliments pour bébés et lait de suite
- Viande en conserve
- Pâtes
- Beurre et margarine
Tout en reconnaissant que ces subventions contribuent à absorber une partie du choc, les défenseurs des consommateurs estiment que l’intervention doit aller plus loin.
« On ne combat pas le coût élevé de la vie uniquement par les statistiques d’inflation », a conclu M. Tengur. « Des mesures doivent être prises sur les prix réellement payés à la caisse : renforcements de la surveillance des marges, stimulation de la concurrence, diversification des importations et ciblage efficace de l’aide. »