Grâce présidentielle : entre hypocrisie et amnésie de l’opposition

La grâce est une prérogative présidentielle garantie par la Constitution. Nul ne peut demander au président de la République de rendre des comptes à ce sujet.
Grâce présidentielle : entre hypocrisie et amnésie de l’opposition
Grâce présidentielle : entre hypocrisie et amnésie de l’opposition

Le cas Dip fait jaser, surtout dans les rangs de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire, en ce début d’année. Chandra Prakash Dip avait été condamné à une peine de douze mois d’emprisonnement pour entente délictueuse dans une affaire de fraude. Fin 2022, après des recours comme la loi l’autorise, il a vu sa peine communiée en une amende de Rs 100 000 par le président de la République, sur les recommandations de la Commission de pourvoi en grâce. Cette Commission est composée de l’ancien chef juge, Keshoe Parsad Matadeen, et de deux assesseurs. Depuis quelques jours, certains médias et des politiciens nagent entre hypocrisie et amnésie dans le cas Dip.

Ces gens tombent sur le président de la République, sur les membres de la Commission de pourvoi en grâce et sur Chandra Prakash Dip parce qu’ils croient y déceler une maldonne. Tout en pointant du doigt la relation filiale qui existe entre Chandra Prakash Dip et le commissaire de police, Anil Kumar Dip. Selon ces politiciens et autres journalistes, ce serait en raison du fait qu’il est le fils de son père que Chandra Prakash Dip a obtenu la grâce présidentielle. C’est une aberration voire un mépris flagrant envers la République et le président que de dire cela. On veut trainer la République dans la boue.

La Commission de pourvoi en grâce a examiné une trentaine de cas et gracié 24 personnes. Mais il n’y a que Chandra Prakash Dip, impliqué dans une affaire où il n’y a pas eu mort d’homme ou de trafic de drogue, qui fait les choux gras de la presse anti-gouvernementale et des politiciens de l’opposition, comme Rama Valayden, Xavier-Luc Duval ou Arvin Boolell. Ces derniers, comme des amnésiques, feignent d’ignorer ceci : la grâce est une prérogative présidentielle garantie par la Constitution, la loi suprême du pays. Nul ne peut demander au président de la République de rendre des comptes à ce sujet. Ce serait un dangereux précédent si on arrive à ce niveau.

Quoi, Rama Valayden, avocat et ancien Attorney General, demande des comptes au président de la République sur ses décisions concernant la grâce présidentielle ? Rama Valayden, avocat et ancien Attorney General, qui a lui-même été amené durant sa longue carrière d’homme de loi et de politicien à côtoyer la Commission de pourvoi en grâce, ne saurait pas comment fonctionne cet organisme ?

Rama Valayden qui se scandalise au sujet du cas Dip, qui, rappelons-le, tourne autour d’une affaire de fraude, n’aurait JAMAIS défendu des trafiquants de drogue ou de Subutex, des voleurs avérés ou autres criminels et assassins de tout acabit et n’aurait JAMAIS fait des demandes pour obtenir la grâce présidentielle pour certains de ces clients ? Rama Valayden n’aurait JAMAIS obtenu de réponses favorables à certaines de ses demandes auprès de la Commission de pourvoi en grâce ? 

Faut-il aller examiner la liste des personnes graciées par la Commission dans le temps et, dans le cas de certains clients de Valayden par exemple, demander les raisons de l’obtention de leur grâce ? La réponse est évidente. Car, sinon, il nous faudra remettre en question les raisons des décisions d'anciens présidents de la Commission de pourvoi en grâce. 

Par exemple, il y a un actuel député de l'opposition qui avait été condamné à un mois de prison pour corruption. Il a vu sa peine commuée en travaux communautaires par la Commission. Un jockey avait lui aussi bénéficié de la grâce présidentielle. Quand la Commission de pourvoi en grâce était présidée par Sir Victor Glover, il y a eu le cas du fils d'un ancien candidat d'un parti de l'opposition, condamné pour avoir acheté de la drogue synthétique en ligne, qui a vu ses peines effacées complètement par la Commission. Nous avons aussi eu le cas d'un meurtrier, condamné à 40 ans de prison pour le meurtre de sa femme, qui a vu la Commission lui accorder une remise de peine de 15 ans. Même un criminel endurci, condamné pour vol, viol, ou possession de drogue, a obtenu la grâce présidentielle il y a quelques années. 

Rama Valayden ne peut ignorer les rouages de la Commission de pourvoi en grâce, lui qui avait, en 2015, sous la présidence de Sir Victor Glover toujours, demandé et obtenu la grâce présidentielle pour les quatre condamnés de l'affaire L'Amicale. Une affaire qui avait vu le décès de sept personnes dans l'incendie de la maison de jeu, en 1999. Et il y a tant d'autres cas de condamnés pour divers crimes et délits graves à avoir obtenu la grâce présidentielle. 

Ce qui nous amène à dire qu'il ne faut pas semer le doute sur nos institutions. On ne touche pas aux prérogatives du président de la République. Dans le cas de Keshoe Parsad Matadeen, on ne peut salir la réputation d’un ancien chef juge respecté par ses confrères et par la population. Il ne faut pas, dans le cas Dip, jeter le discrédit sur le commissaire de police parce que son fils a exercé ses droits, comme la loi autorise tout citoyen de ce pays. 

Au lieu de faire de la « politique politicaille », de vouloir exister coûte que coûte face à un gouvernement qui gère le pays malgré toutes les contraintes locales et internationales, l’opposition ferait mieux de venir avec des idées et des réalisations constructives et non destructrices. Les opposants feraient mieux de sortir de leur amnésie et de leur hypocrisie car ils doivent regarder dans leur propre jardin avant de regarder chez les autres. Le pays n’a vraiment pas besoin de division en ce moment.

Sunil Gohin

CEO - Wazaa FM & Inside News

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