Plus de volte-face sur la réforme des retraites, déclare Ramgoolam

15 juillet 2026

Le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a écarté fermement toute concession supplémentaire concernant la réforme des pensions à l’Île Maurice, malgré la pression croissante des syndicats et de l’opposition politique.

Répondant à une question privée (PNQ) posée par le chef de l’opposition, Joe Lesjongard, à l’Assemblée nationale, M. Ramgoolam a insisté sur le fait que, bien que le gouvernement ait abandonné son projet controversé d’introduire un « test de moyens » pour la pension de vieillesse, l’essentiel du nettoyage financier se poursuivrait.

Il a qualifié le système actuel de pension d’« insoutenable » à long terme, soulignant un fardeau de la dette publique où les paiements d’intérêts annuels dépassent déjà les 30 milliards de roupies.

Le coût financier du tournant politique

La décision d’abandonner le test de moyens pour la pension entraînera un coût financier important.

M. Ramgoolam a révélé que les plans abandonnés coûteront environ 6,2 milliards de roupies entre janvier et juin 2027, ce qui représente 0,7 % du PIB (produit intérieur brut).

Sans intervention corrective, l’impact sur l’année complète aurait dépassé 1,5 % du PIB.

Malgré cela, le Premier ministre a assuré les parlementaires que le déficit budgétaire — initialement projeté à 3,7 % du PIB — et la dette du secteur public, estimée à 85,6 % du PIB, restent étroitement surveillés.

M. Ramgoolam a minimisé l’ampleur du revirement politique, déclarant :

« Le budget comporte plus de 500 mesures et une seule d’entre elles est modifiée aujourd’hui. »

Il a ajouté que les ajustements budgétaires en cours d’exercice sont courants en raison de circonstances politiques ou économiques mouvantes, notant que l’impact final se reflètera dans le résultat budgétaire à la fin de l’exercice financier.

Six leviers pour combler le déficit

Pour absorber les 6,2 milliards de roupies supplémentaires sans réviser le cadre macroéconomique, M. Ramgoolam a décrit six leviers fiscaux et administratifs principaux que le gouvernement va déployer :

  • Révision des projets d’investissement: Un comité présidé par le Secrétaire du Cabinet réévaluera les priorités des projets d’investissement publics afin de préserver la croissance économique.
  • Réduction des dépenses ministérielles: Un second comité, sous l’égide du Ministère des Finances, passe en revue les dépenses à travers l’ensemble des ministères, sur la base des conclusions du Directeur de l’Audit.
  • Mesures d’efficacité: Le Premier ministre présidera personnellement un Comité de pilotage pour l’efficacité du secteur public afin d’éliminer les duplications et les gaspillages administratifs. Les ministères devront présenter des plans d’efficacité concrets.
  • Réforme du système fiscal: Un comité de haut niveau composé d’experts fiscaux, soutenu par le Fonds Monétaire International (FMI), mènera une revue approfondie du système fiscal mauricien pour accroître l’efficacité, l’équité et la compétitivité.
  • Vente d’actifs et cotations: L’État envisage la vente d’actifs publics non stratégiques et prévoit de mettre en bourse certaines entreprises publiques.
  • Période transitoire de la CSG: Une phase transitoire pour les contributions de la Contribution Sociale Généralisée sera instaurée, retenant temporairement une partie des fonds dans le Fonds Consolidé.

Pas de budget révisé nécessaire

Le Premier ministre a rejeté sans équivoque les demandes de l’opposition en faveur d’un cadre budgétaire révisé ou d’un nouveau Projet de Loi d’appropriation. Le Parlement a déjà approuvé 232,4 milliards de roupies de crédits pour l’exercice 2026-2027.

Ce financement approuvé comprend 30,1 milliards de roupies destinés au paiement des pensions de retraite de base entre juillet et décembre 2026, ainsi que 20,5 milliards de roupies destinés à la Pension d’État pour les personnes âgées entre janvier et juin 2027.

M. Ramgoolam a noté que le montant final exact des dépenses ne peut pas être déterminé pour l’instant, car on ignore combien de futurs retraités choisiront de toucher leur pension immédiatement à l’âge de 60 ans.

Répondant aux allégations d’un manque de transparence budgétaire, M. Ramgoolam a rappelé à la Chambre que la Constitution permet l’introduction d’un Projet de Loi de crédits supplémentaires au cours de l’exercice si nécessaire, ce qui signifie que les crédits globaux déjà approuvés n’ont pas besoin d’être modifiés.

Équité intergénérationnelle contestée

La séance parlementaire a clarifié le fonctionnement du mécanisme d’âge de la pension progressif. Les Mauriciens conservent le droit de demander leur pension à l’âge de 60 ans.

Cependant, ceux qui choisissent de prendre leur retraite à 60 ans recevront une pension réduite par rapport à celle des citoyens qui retardent leur départ jusqu’à 65 ans.

M. Lesjongard a fortement critiqué ce mécanisme transitoire, alléguant un traitement injuste et inégal entre les différentes générations de futurs retraités.

Citant une vaste mobilisation syndicale la semaine précédente, le Chef de l’opposition a demandé si un retrait total de la réforme était envisagé afin de prévenir une montée des tensions sociales.

M. Ramgoolam est resté ferme, accusant l’opposition d’attaquer les réformes sans proposer d’alternatives crédibles pour les financer.

Il a déclaré que les partenaires internationaux, dont le FMI et l’agence de notation Moody’s, étaient tenus pleinement informés des ajustements fiscaux.

Moody’s a noté des progrès dans la consolidation budgétaire dans un commentaire du 26 juin, tout en avertissant que les risques de dérapage demeurent. Une révision complète de la note souveraine est attendue dans six mois.

Le Parlement a été ajourné jusqu’au mardi 21 juillet à 11h30.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.