Résidus de pesticides dans les produits mauriciens : les experts prônent la gestion intégrée des ravageurs

18 septembre 2026

Les résidus de pesticides sont régulièrement détectés dans les fruits et légumes à travers l’île Maurice, mais les données réglementaires révèlent une situation plus nuancée entre la détection chimique, les limites légales et les risques réels pour la santé des consommateurs.

Un rapport récent du Pesticides Regulatory Office pour octobre 2025 met en évidence cette nuance après l’analyse de 29 échantillons prélevés sur des fermes, au Marché National de Gros de Wooton, dans les supermarchés et sur les importations.

Si la très grande majorité des produits testés respectait les normes, les résultats ont toutefois révélé des dépassements de seuil spécifiques et des cas d’utilisation inappropriée.

Violations réglementaires et idées reçues

Le rapport souligne que la détection d’une substance ne signifie pas automatiquement que la limite réglementaire a été dépassée.

Trois éléments distincts doivent être séparés: la détection d’une substance, le dépassement d’une Limite maximale de résidus (LMR) et le statut autorisé du produit. Confondre ces facteurs risque de donner aux consommateurs une image déformée.

Les données de l’évaluation d’octobre 2025 illustrent clairement ces distinctions :

  • Produits importés : Un échantillon de citron importé démontrait des teneurs en difenoconazole à 0,640 mg/kg par rapport à une LMR de 0,6 mg/kg. De l’azoxystrobine a également été détectée à 0,660 mg/kg par rapport à une LMR élevée de 15 mg/kg.
  • Constats au niveau des exploitations : Un échantillon de laitue d’Alma contenait de l’azoxystrobine à 2,9 mg/kg (LMR 3 mg/kg) et de la chlorantraniliprole à 0,520 mg/kg (LMR 20 mg/kg). Difenoconazole et tebuconazole ont aussi été détectés dans la même laitue et classés comme « Non recommandé » (NR).
  • Échantillons de supermarchés : Un échantillon de chou chinois provenant d’un magasin Saint-Pierre présentait 1,2 mg/kg de chlorantraniliprole contre une LMR de 2 mg/kg. À l’inverse, le thiamethoxame trouvé dans les oignons verts de Terre-Rouge a été signalé comme « Non recommandé » (NR).
  • Tomates : Les tomates d’Alma contenaient de l’azoxystrobine, du difenoconazole et de l’iprovalicarb à des niveaux bien en dessous de leurs LMR respectives.

Les cadres de LMR s’appuient sur la Loi de 2018 relative à l’utilisation des pesticides, ainsi que sur des références internationales du Codex Alimentarius et de l’Union européenne.

Les autorités précisent qu’une classification « Non recommandé » signifie simplement que l’application n’était pas adaptée à cette culture ou produit spécifique, et non que la substance chimique est interdite ou illégale à Maurice.

Comprendre les substances chimiques

Les composés identifiés répondent à des besoins agricoles différents, se répartissant principalement entre les insecticides (ciblant les insectes) et les fongicides (combatant les maladies fongiques).

  • Insecticides identifiés : Chlorantraniliprole et thiamethoxame.
  • Fongicides identifiés : Azoxystrobine, difenoconazole, tebuconazole, iprovalicarb, propamocarb et métalaxyl.

Pour les planteurs qui protègent leurs récoltes et leurs moyens de subsistance, les traitements chimiques restent une défense concrète contre les ravageurs et les maladies fongiques.

Cependant, les niveaux de résidus dépendent en définitive du type de produit, de la dose d’application, de la fréquence des traitements, de la variété de la culture et du respect strict des intervalles pré-récolte.

Transition vers la gestion intégrée des ravageurs

Pour réduire la dépendance vis-à-vis des produits chimiques, l’Institut de recherche et d’extension agricole et alimentaire (FAREI) met fortement l’accent sur la gestion intégrée des ravageurs (GIR).

Cette stratégie associe des méthodes agronomiques, biologiques, physiques et chimiques, en cantonnant les pesticides conventionnels aux situations où d’autres mesures se révèlent insuffisantes.

L’approche de la FAREI s’articule autour de plusieurs piliers préventifs et biologiques :

  • Contrôles biologiques : Encourager les biopesticides, les agents biologiques et les prédateurs naturels. Des essais actuels évaluent des agents biologiques tels que Trichoderma pour la gestion des champignons, ainsi que des extraits de plantes pour réduire la dépendance vis-à-vis des pesticides conventionnels.
  • Gestion de l’habitat : Planter des plantes à fleurs et des plantes de service dans et autour des parcelles pour favoriser les insectes bénéfiques.
  • Pratiques culturales : Mettre en œuvre la rotation des cultures, l’assainissement des parcelles, l’évacuation rapide des résidus infectés et l’utilisation de variétés tolérantes ou résistantes.
  • Barrières physiques : Utiliser des pièges, des filets antiparasitaires et des techniques de paillage.

La réduction des risques de résidus repose également sur l’éducation proactive. Les services d’extension de la FAREI effectuent activement des visites sur les exploitations, des sessions de formation régionales sur les bonnes pratiques d’application, des réunions de groupe et des ateliers axés sur l’utilisation raisonnée des traitements agricoles.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.