Syndicats mauriciens menacent une grève générale contre la hausse de l’âge de la retraite à 65 ans

13 juillet 2026

Les syndicats ont menacé une grève générale après que des milliers de travailleurs du secteur public et privé ont paralysé les rues de la capitale samedi 11 juillet, en protestant contre des mesures gouvernementales controversées visant à porter l’âge d’éligibilité à la pension de retraite de 60 à 65 ans.

La marche de masse à Port-Louis a réuni retraités, salariés en activité et travailleurs des organismes parapublics sous des slogans tels que « Donnez-nous notre pension » et « Pension à 60 ans ».

Les dirigeants syndicaux ont averti que cette manifestation n’était qu’un coup d’envoi, et qu’une action industrielle coordonnée devait s’accentuer à travers l’île Maurice.

Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des Travailleurs du secteur public et privé (CTSP), a révélé que les dirigeants syndicaux se réuniraient cette semaine pour tracer leurs prochaines étapes après un examen rigoureux du prochain projet de loi de finances.

« Nous attendons de voir ce que contient le projet de loi de finances », a déclaré M. Chuttoo. « Mais si nécessaire, nous organiserons une mobilisation majeure, voire une grève générale. »

M. Chuttoo a ajouté que des éclaircissements récents du ministre Ashok Subron avaient confirmé la réalité de la réforme: les citoyens atteignant 60 ans à partir de 2029 devront attendre jusqu’à 65 ans pour accéder à leurs prestations de retraite.

Il a qualifié ce remaniement législatif d’« antisocial », soutenant que la pension doit rester fixée à 60.

Cette agitation grandissante découle d’anxiétés plus vastes concernant les réformes économiques et sociales annoncées par le gouvernement.

Des dirigeants syndicaux ont profité de la manifestation pour avertir que l’augmentation de l’âge de départ à la retraite pourrait entraîner une érosion durable de l’État-providence mauricien.

Deepak Benydin, président de la Fédération des organismes parapublics et d’autres syndicats, a exprimé son étonnement devant l’ampleur de la participation et a remis en question la sécurité à long terme des autres prestations publiques.

« Aujourd’hui, c’est la pension. Demain, sera-ce la santé ou l’éducation ? » a-t-il lancé à la foule.

Haniff Peerun, président du Congrès du travail mauricien, a adressé un avertissement direct à l’exécutif, affirmant que la manifestation du week-end constituait un signe clair de défi du public.

« Le message est clair. Chaque fois que le peuple est dominé, il descend dans la rue », a déclaré M. Peerun, avertissant qu’un échec à repousser cette tendance pourrait mener à une montée de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 70 ans.

Le gouvernement fait face à de vives critiques pour un supposé manque de concertation avant d’annoncer les mesures.

Radhakrishna Sadien, président du Congrès des syndicats indépendants, a soutenu que l’avalanche récente de conférences de presse du gouvernement démontrait qu’il était ébranlé par l’ampleur de l’opposition publique.

Il a en outre dénoncé les récentes restrictions sur les rassemblements publics, avertissant qu’elles menaçaient l’expression démocratique.

Atma Shanto, président de la Fédération des Travailleurs Unis, est allé plus loin, accusant les ministres d’essayer activement de dissuader les travailleurs et les retraités d’assister à la marche. Il a ajouté que les syndicats resteraient mobilisés jusqu’à ce que la décision soit renversée.

Plusieurs représentants syndicaux ont proposé des stratégies économiques alternatives soutenant que l’État peut équilibrer ses comptes sans pénaliser les personnes âgées.

Narendranath Gopee, président du Congrès national des syndicats, a exhorté l’État à explorer de nouvelles sources de revenus plutôt que de démanteler le système de pension.

Ce sentiment a été repris par Ashvin Gudday, négociateur pour la GWF et membre de Libération Moris, qui a décrit la manifestation comme une plus large « marche des citoyens » reflétant de fortes inquiétudes économiques, notamment des pertes d’emplois, des fermetures d’entreprises et une diminution du pouvoir d’achat.

M. Gudday a soutenu que le gouvernement devrait se concentrer sur la réduction des pertes de recettes et l’amélioration de la collecte fiscale afin de renforcer les finances publiques.

Arvind Bhojun, président de l’Union des employés du secteur privé de l’enseignement secondaire (UPSEE), a noté que pour les travailleurs à bas revenus, la pension constitue une ligne de vie vitale face à la hausse du coût de la vie.

Il a exhorté le gouvernement à privilégier la croissance économique, la réduction des gaspillages et un meilleur contrôle des dépenses publiques.

À la fin de la manifestation, la solidarité syndicale est restée ferme. La présidente de la Fédération générale des travailleurs (GWF), Clency Bibi, a exprimé ses regrets quant au manque de dialogue avec les partenaires sociaux, affirmant qu’une consultation ouverte aurait pu conduire à des solutions alternatives.

Par ailleurs, la syndicaliste Jane Ragoo a rappelé aux députés qu’ils restent tenus envers l’électorat, déclarant : « Ce sont les citoyens qui les envoient au Parlement. Cela ne leur donne pas tous les droits. »

Alors que les dirigeants syndicaux prévoient d’autres réunions pour finaliser un calendrier de la résistance, le gouvernement est confronté à un choix crucial : ouvrir un dialogue immédiat avec les partenaires sociaux, ou se tenir prêt à une lutte industrielle prolongée et volatile.

Julien Ramtohul

Journaliste et rédacteur basé à Maurice, je m’intéresse aux sujets qui racontent l’île au quotidien : actualité locale, société, culture, tourisme et initiatives mauriciennes. À travers mes articles, je cherche à proposer une information claire, utile et proche du terrain.